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Dossier 15088 - La succession Elvis contre le colonel Parker

Dans ce nouvel épisode de "Rock'N Roll Justice", Fabrice Epstein nous plonge dans l'histoire fascinante de l'association entre Elvis Presley et le colonel Tom Parker. De leurs débuts prometteurs à la construction d'un empire musical, découvrez comment ce duo improbable a révolutionné l'industrie du divertissement. Entre succès fulgurant, merchandising audacieux et décisions controversées, Epstein explore les dessous d'une relation complexe qui a marqué l'histoire du rock.

Dossier 15088 La succession Elvis contre le colonel Parker

Crédit : RTL2

Dossier 15088 - La succession Elvis contre le colonel Parker

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Fabrice Epstein - édité par Mathias Elena

Juillet 1954, Memphis Tenessee, Sun Studio. Un jeune homme de 19 ans enregistre, c'est la deuxième fois. Pour l'occasion, il est accompagné de deux musiciens, Scotty Moore à la guitare et Bill Black à la contrebasse. Ensemble, le trio se lâche sur un vieux blues d'Arthur Crudup, That's Alright. Ce jeune homme prometteur, futur et génial phénomène, icône diabolique et merveilleuse, se nomme Elvis Presley. Sur le chemin de la gloire, il rencontrera le colonel Tom Parker, un émigré hollandais de 26 ans son aîné, impresario de vedettes de la country, fort en gueule et qui mâchouille constamment le cigare. Ensemble, ils vont former le duo le plus rémunérateur de la musique populaire. C'est l'histoire de cette association que je vais vous raconter.

Lorsqu'il enregistre ses premiers morceaux auprès de Sam Phillips, le patron de Sun Records, Elvis est encore ce jeune camionneur amoureux de sa maman. Il a la peau blanche, mais chante comme un noir. Très vite, il pose les bases du rockabilly. Les radios locales amplifient ses débuts. L'engouement pour le jeune homme est immédiat dans les États du Sud. Au départ, c'est son guitariste Scottie Moore qui le gère. Mais le succès grandissant du prochain roi du rock l'oblige à chercher un professionnel de la profession.

Tom Parker est un ancien forain qui a fait ses classes auprès de PT Barnum, l'inventeur du cirque moderne. Il est l'impressario d'Hank Snow et d'Eddy Arnold deux futurs has been. Lorsqu'il entend Elvis sur scène et au vu de la réaction des spectatrices, il est immédiatement saisi par le potentiel du jeune homme. L'attirance est réciproque. Elvis a trouvé un père et un repère de substitution. Autoritaire, exigeant, dur, oui. Le colonel est un dur de dur. On dit qu'il est plus difficile de négocier avec lui qu'avec le diable en personne. Ça tombe bien, Elvis est une poule aux œufs d'or.

En novembre 1955, Parker orchestre le rachat de son contrat par RCA auprès de Sun Records pour 35 000 dollars. Début 1956, Parker devient le représentant exclusif de Presley. Chose rare, la réciprocité est double. Le colonel peut dire comme Tom Hagen dans Le Parrain. "Je n'ai qu'un seul client". Tous les œufs dans le même panier donc. Ce n'est pas un problème lorsqu'on a plusieurs paniers. La musique d'abord. Les songwriters de génie se précipitent au chevet d'Elvis pour écrire la bande-son de l'Amérique adolescente et rebelle. En 1958, le King interprète Heartbreak Hotel. C'est son premier disque vendu à plus d'un million d'exemplaires. Le colonel propulse Presley au niveau national. La moitié de l'Amérique en pince pour le jeune éphébe, l'autre le déteste. Équation parfaite pour vendre.

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Le merchandising ensuite. Parker met en place un système industriel de produits dérivés. Poupées, marionnettes, maquillage, porte-clés, bracelets, tout y passe. En 1957, les produits Elvis représentent plus de 20 millions de dollars de vente. Au passage, un quart des gains revient dans la poche du colonel. Mais Parker voit plus grand. C'est Hollywood qu'il vise. Au cinéma, on peut faire le clown et le musicien, le beau et l'émotion. Et surtout, on peut chanter ses chansons. Bien qu'au départ Elvis ne soit pas très chaud, l'idée s'avère juteuse. Les profits sont immenses et peu importe si les films sont médiocres. Hollywood est plus rentable que la musique et Parker insiste, Elvis doit arrêter de se produire en concert. Au demeurant, le King coûte si cher que les organisateurs de spectacles ne peuvent plus se l'offrir. Le colonel contrôle tout et particulièrement la communication. Il est le rempart entre le King et les journalistes.

En 1967, Parker convint Presley d'augmenter sa part à 50% sur certains deals. Puis, à chaque rentrée d'argent, une négociation tirée à quatre épingles. Quelques mois plus tard, après son mariage avec Priscilla Beaulieu et le Gold Cadillac Tour, Elvis revient à Memphis, sa ville maternelle. En cuir noir, soutenu par un orchestre dépenaillé, le comeback de la star est un succès absolu. Parker a inventé les retrouvailles télévisées. Un an plus tard, en 1969, le colonel confine Elvis à Las Vegas. Le king porte la tenue des grands soirs, prêche comme Zaratoustra, dieu du feu et de l'entertainment. Le temps fuit, les dollars pleuvent et le colonel continue de saigner sa créature qui tire la langue et prend du poids. Il propose à RCA de racheter le catalogue de son poulain pré-1973 pour quelques millions de dollars. Conséquence, Presley et ses héritiers ne toucheront plus de royalties. Peu importe, le manager préfère les espèces sonnantes et trébuchantes. L'Amérique est le pays du cash, n'est-ce pas ?

Le couple se dispute, bien entendu. Ils ont leurs hauts et leurs bas, mais l'association tient. Au mi-temps des années 70, Elvis décline. Dans son Graceland, où les trophées côtoient les téléviseurs, il sent bien que la fin est proche. Il meurt en 1977, année punk. Le colonel ne sera plus jamais le même. Il a perdu son seul client et n'en acceptera aucun autre. Mais les contrats qu'il a signés avec Elvis demeurent. Ils se transmettent aux héritiers du King qui, logiquement, ont bâti des châteaux en Espagne. Successeur de la star la plus payée du showbiz, ils espèrent récolter un pactole. Sauf que les comptes sont mauvais, très mauvais même. La succession est tarabustée par le fisc américain. Elle compte sur le colonel, bien sûr, et tout particulièrement sur la société Factor Inc. qui contrôle le merchandising et dont elle vit cet actionnaire minoritaire. Mais même si la succession a des actifs, le train de vie d'Elvis est élyséen.

La famille est dépassée, elle saisit un juge, Joseph Evans. Celui-ci met son nez dans les affaires du King. Il est ulcéré. Qu'est-ce donc que cette gestion opérée par Parker depuis 1955 ? Les mots sont forts, les méthodes du colonel choquent jusqu'à la conscience humaine. Les procédures judiciaires s'entrechoquent, Parker contre-attaque et RCA doit rendre des comptes. Un des arguments du colonel ? Que les assignations sont nulles, car il n'est pas citoyen américain. Après deux ans de procédure, les héritiers obtiennent que le colonel soit relevé de ses fonctions d'agent d'Elvis. Mais le faux militaire s'en tire à bon compte. Il récupère au passage 2 millions de dollars. Sans tabou, Parker, le Hollandais volant, rôde encore sur l'héritage du King. Il a tiré avantage de la mort d'Elvis et inaugure Graceland aux côtés de la famille Presley. A ceux qui lui reprochent sa gestion désastreuse, il répond cigare à la bouche. Si c'est si facile, vous n'avez qu'à en créer un second. Vieillissant, il végète à Las Vegas, ville du jeu et du désespoir. Parker a fait Elvis, puis la défait. Sans lui, pas de King, pas de Hound Dog et pas de Rock'n'Roll. Alors cela valait bien quelques procès, assurément, et quelques arnaques ficelées dans les règles de l'art ? Telle est la loi du rock.

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