4 min de lecture Rédacteur en chef

Tinder, bourreau du romantisme ou voué à changer le monde ?

RÉDAC CHEF INVITÉ - "Tinder est un peu le nouveau Candy Crush", s'amuse Lilly Wood & The Prick. Quatre ans après son lancement, l'application est incontournable chez les moins de 30 ans mais est critiquée pour son approche ultra-consumériste.

Plus de 26 millions de matches ont lieu tous les jours dans le monde
Plus de 26 millions de matches ont lieu tous les jours dans le monde Crédit : Tinder
BenjaminHuepro
Benjamin Hue
Journaliste RTL2

Captivé par son smartphone, il a les deux pieds ferrés dans le réel mais son esprit flotte dans une autre dimension. Il est hypnotisé. Son pouce va-et-vient d'un bord à l'autre de l'appareil et exécute l'espace de quelques minutes les mêmes mouvements mécaniques. De la droite vers la gauche, le plus souvent, d'un geste décidé. Parfois, il fait une halte et effectue le chemin inverse. Sur l'écran du téléphone, les visages défilent dans un flot continu d'instantanés de soirées, de moues mutines et de selfies racoleurs. De temps en temps, une animation tourbillonnante vient briser la monotonie de ce ballet d'images, flanquée d'une formule à valeur de Graal : "It's a match". Répétée plus d'un milliard de fois par jour par près de 80 millions de personnes à travers le monde, la gestuelle n'est pas sans rappeler celle de Candy Crush et tous les jeux mobile à la mode. C'est la routine de Tinder, l'application de dating qui a révolutionné les codes de la séduction en ligne et serait même en passe de modifier la relation au couple de la génération internet, si l'on en croit ses détracteurs.

Phénomène culturel

Le principe de Tinder est bien connu : une fois l'application téléchargée et associée à un compte Facebook, l'utilisateur crée un profil composé de quelques photos et d'une brève description, choisit la tranche d'âge et le sexe qui l'intéressent et peut alors "swiper" (faire défiler) les personnes connectées situées dans un rayon de 2 à 160 km. À droite, si elle lui plait, à gauche, s'il ne veut pas en entendre parler. En cas d'intérêt mutuel, c'est le "match". Les deux courtisans peuvent engager la discussion et voguer vers un flirt incertain. Moins univoque que Grindr, l'appli de rencontres gay géolocalisées, immédiates et sans ambiguïté, Tinder s'est imposé comme l'outil de dating favori des 18-35 ans. Ses fondateurs le présentent comme un site de networking, une sorte d'agora numérique où tout le monde, gay, hétéro, marié, divorcé, à la recherche de coups d'un soir, d'une relation sérieuse ou désireux de prendre pied dans une nouvelle contrée, y trouverait son compte. Mais ce sont bien les rencontres amoureuses et les coups d'un soir qui ont forgé son succès et l'ont érigé en symbole d'une sexualité libérée.

À lire aussi
Alexandre Astier est le héros de la série "Kaamelot" série TV
Alexandre Astier : le nouveau Louis de Funès

Bourreau du romantisme

"On a tué la honte des rencontres en ligne", se félicitait l'une des fondatrices de l'application à la flamme orange dans une interview accordée aux Inrocks fin 2013. Presque quatre ans après son lancement, Tinder est toujours là, du haut de son milliard de "matches", tordant le cou à ceux qui misaient sur une mode éphémère. Mais ce succès ne fait pas que des émules (Happn, OK Cupid, Once et bien d'autres). Il cristallise aussi les critiques sur son caractère addictif et son approche hyper-consumériste de supermarché de la drague - du moins, dans les grandes villes - où le physique prime sur le reste. Un nombre élevé de "matches" flatte l'ego, peu importe ce qu'il en ressort. Les Britanniques parlent du symptôme du "Tinder Thumb" (le pouce Tinder) pour conceptualiser son utilisation frénétique afin d'obtenir un maximum de "matches" en "swipant" dans un maximum de lieux. Dans un article publié cet été, Vanity Fair décrit comment l'abondance de profils alimente une surenchère sexuelle malsaine, qui tuerait le romantisme à petit feu. La multiplication des "plans cul" serait même responsable de la hausse de la propagation des infections sexuellement transmissibles.

Changer le monde

Tinder voit les choses autrement.  En réponse à l'article à charge de Vanity Fair, Tinder a clamé cet été sur Twitter sa vocation à "changer le monde", expliquant que le reportage n'évoquait qu'une partie des utilisateurs de l'application. Ses dirigeants mettent en avant les amitiés, les mariages et les "bébés Tinder" nés de son application, arguant que sa technologie n'est qu'un outil au service des utilisateurs et ne fait que traduire notre propre rapport au monde contemporain. "Tout ce que souhaite faire Tinder, c'est connecter les gens entre eux. Nous avons construit le moyen le plus efficace pour que vous puissiez rencontrer quelqu'un", expliquait ainsi l'un de ses fondateurs cet automne. Pour récolter les fruits de sa popularité et élargir ses activités, Tinder a dégainé une version premium payante et mis en branle tout un lot de changements dans les dernières mises à jour de son application pour augmenter le nombre de "matches", proposer des profils plus pertinents et prouver qu'il est plus qu'un site de rencontre fertile en coups d'un soir. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Rédacteur en chef Lilly Wood and the Prick High-Tech
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL2.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants