5 min de lecture Concert

Julien Doré enchante le Zénith de Paris avec un concert électrisant, poétique

NOUS Y ÉTIONS - Le chanteur a offert un show maîtrisé et généreux mettant en valeur son dernier album "&". Un concert plein de ferveur, mais aussi de surprises.

Julien Doré sur la scène du Zénith de Paris en 2017
Julien Doré sur la scène du Zénith de Paris en 2017 Crédit : THOMAS SAMSON / AFP
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Sylvain Zimmermann
Journaliste

Julien Doré aime jouer avec son public. Le surprendre quand il s’y attend le moins. Surgir de nulle part, tel un félin ravi de son coup. Peu avant 21 heures, alors que le Zénith de Paris commence à s’impatienter, la silhouette du chanteur se dessine au cœur d’une esperluette géante, le logogramme illustrant la pochette de son quatrième album sorti en 2016. Le concert débute d'ailleurs par le premier titre de ce disque, dont la cote d’amour ne cesse de grandir (plus de 300.000 exemplaires vendus). Les notes de clavier suspendues de Porto-Vecchio transportent instantanément. Mélancolique et solaire, le morceau offre une entrée en matière délicate, sensible, qui tranche avec les habituelles introductions fracassantes balancées par les stars pour se mettre tout le monde dans la poche.

Avec sa voix chaude, Julien Doré préfère jouer sur du velours. "Chers amis de Paris et des environs, bonsoir. Très étrangement, je suis soulagé de vous retrouver ce soir. Trois soirs au Zénith de Paris (les 9-10 et 11 mai) que rêver de mieux !" Mais trêve de bavardage, il est temps de se plonger dans les choses sérieuses. Dès les premiers accords, Le Lac submerge la salle. Le titre est déjà un classique. La basse ronde et le piano sont diablement efficaces. Le public frappe des mains en cadence. Julien Doré, pantalon et costume noir parfaitement ajustés, parcourt la scène. Sur la montée finale, il lance des "Allez, allez"... Les spectateurs reprennent en cœur la fin du titre. Comme un retour de vague.

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Un spectacle très construit et lumineux

Dans le même temps, on admire la superbe scénographie, à la fois impressionnante et épurée. Sur scène, les six musiciens sont répartis entre deux grands blocs blancs dont les bords s’illuminent. Cela rappelle certains décors de shows télé des années 60 et 70. Au centre, le nouvel emblème de Julien Doré, le fameux "&", change continuellement de couleur : bleu, orange, rouge sang. Il permet aussi de projeter des images sur un petit écran. Le dispositif évoque également la guitare rose utilisée par -M- sur la tournée de l’album Qui de nous deux ? en 2004. Pendant Beyrouth Plage, Julien Doré s’aventure au cœur de l’esperluette pour retrouver son double en vidéo, habillé en motard. Il l'imite un peu, puis revient vite aux avant-postes et se jette dans la fosse ! Le musicien fend la foule, monte dans les gradins pour encourager la fouler à chanter toujours plus fort.

On ne quitte pas la plage. Julien Doré enchaîne avec Coco Câline, son dernier single aux accents balnéaires. Tendre et sexy. "Je te veux Coco Câline, je te veux…" "Prends-moi !", répond le public, déjà chaud. Un panda débarque alors sur scène (celui de la pochette du single). Julien tombe la veste, esquisse quelques pas langoureux. Il est désormais en débardeur, les tatouages ressortent sous le feu des projecteurs. Le morceau se fait plus rock que dans sa version album. On poursuit dans le même style avec Chou Wasabi, irrésistible. "Baby, I love you less and less…" ("Bébé, je t’aime de moins en moins"), chante Julien Doré. C’est tout l’inverse qui se passe dans la salle. Un spectateur hurle comme un damné. "Tu sais, je pense que tu vas te blesser les cordes vocales. Moi aussi je t'aime, mais moi je te le susurre", lui lance la star avec malice, avant d’ajouter : "Offrons-nous ces 'Je t'aime masculins !'"

Au bout de six chansons, j'ai l'impression que mes cheveux poussent.

Julien Doré
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Le calme, enfin. "C'est le moment que je préfère, poursuit Julien Doré. Au bout de six chansons, j'ai l'impression que mes cheveux poussent. 35 ans et je continue de faire le con ! Mais je ne suis pas juste venu vous parler de mes problèmes capillaires." Julien Doré exhorte le public à l'accompagner sur la ballade Magnolia et à prolonger les couplets par les mots "don't be afraid". Il est désormais seul derrière son clavier, enveloppé dans une simple poursuite. Un beuglement interrompt une nouvelle fois le show. Le spectateur fou a récidivé. "Je sens bien que tu as envie de faire ch... ta meuf. J'ai vu que tu t'es laissé possédé par le 'don't be afraid'. T'es calme ? Tu me rappelles un épagneul que j'avais..." Le fan se tait enfin. Le chanteur propose alors une nouvelle destination à ses fans : Winnipeg. Avant de préciser : "Je n'y suis jamais allé"

Julien Doré porte désormais un blouson en jean et il est entouré de ses musiciens en configuration minimaliste, semi-acoustique. "I want to go to Winnipeg..." La star accompagne ses fans avec un ukulélé en modulant sa voix, en faisant le pitre. 21h50, Doré entonne Les Limites, son tout premier tube digne de Jacques Dutronc, sorti sur Ersatz en 2008. Toujours aussi entraînant avec son riff de guitare sèche. Doré redescend dans la fosse pour faire chanter le refrain. Place maintenant à la partie plus intimiste du show, le chanteur à la crinière interprète Romy, extrait lacrymal de son dernier album. La scène est plongée dans une lumière mauve, chaude. Suit un lâcher de ballons. L’artiste termine dans une fumée blanche comme en apesanteur au dessus des nuages.

Une sublime fin de concert et une carte postale en guise de cadeau

22h15, Sublime et silence, qui porte si bien son nom. La voix fragile, presque tremblante de Doré, le piano qui remplit tout l’espace. Puis, un énorme break avec des guitares hurlantes. Sur l'écran un piano en flammes, celui de Doré fume aussi... Pas le temps de s’en remettre On attendra l’hiver et sa montée vertigineuse ne laisse personne de glace. Le chanteur fait tourner son piano sur place lentement. Pas pour la blague, c'est un grand moment de poésie. "J'ai commencé en vous disant que c'était un soulagement car je pensais qu'on allait partager quelque chose, confie le musicien. Il nous reste quatre concerts avant de partir vers d'autres horizons, puis les festivals d’été. Plus, je fais des concerts, plus j'aime faire ce que fais. Merci de m'avoir regardé dans les yeux."

Une fois terminé De mes sombres archives, Julien Doré quitte la scène. Il revient ensuite pour Les Apaches dans un halo orangé, face au public, le reste du décor baigne dans une lumière violette. Une flèche en plein cœur. 22H55, Juliette Armanet, qui a assuré sa première partie, le rejoint pour un duo exceptionnel sur La Carte postale, sans doute le plus beau titre de l’excellent premier album de la jeune pianiste. Un beau cadeau. Doré ne peut évidemment pas terminer sur une note aussi mélancolique. Une dernière escapade colorée s’impose : Paris-Seychelles. Doré commence seul au piano, puis le groupe le retrouve au complet. Le Zénith se transforme alors en karaoké géant. Le titre s’allonge… Personne ne veut pas partir. 2 heures de concert au final. Des images plein la tête. Tout ce que touche Julien Doré, c’est de l’or.

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