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Two Door Cinema Club : "La fragilité du groupe ne nous inquiète plus"

RENCONTRE - Reposés et grandis, les 3 membres de Two Door Cinema Club dévoilent le 14 octobre "Gameshow", album virulent sur l'industrie musicale.

Two Door Cinema Club revient le 14 octobre avec "Gameshow"
Two Door Cinema Club revient le 14 octobre avec "Gameshow"
Crédit : Warner Music France

Ils ont façonné la scène indie rock de la fin des années 2000 avec leurs chansons courtes et pétillantes comme un bonbon acidulé qui fond instantanément sur la langue. C'est pourtant dans l'environnement froid d'une salle de réunion de leur label qu'Alex Trimble (chant), Kevin Baird (basse) et Sam Halliday (guitare), qui forment Two Door Cinema Club depuis 2007, nous attendent. Ils proposent une boisson chaude, une douceur, invitent à s'asseoir tout au bout de la table, pour que ce soit moins formel. On garde l'étrange impression de mener un rendez-vous important.

Mais d'un côté, l'enjeu est de taille. À la fin d'une tournée monstrueuse il y a 3 ans, après des millions d'albums vendus, des tubes joués en boucle à la télévision, Two Door Cinema Club a disparu. Le 14 octobre sort Gameshow, leur 3e album très attendu, disponible le 14 octobre. Après avoir joué les prolongations avec Beacon, qui était la suite logique de Tourist History, les trois Irlandais ont décidé de se lâcher. Quitte à mettre de côté leurs formules pop magiques. 

Le blues de la rockstar

Mais avant de s'enfermer en studio, Two Door Cinema Club a pris une longue pause. Très longue. Le succès de Tourist History (2010) les avait poussés à enregistrer dans la foulée Beacon (2012), lui-même suivi d'une tournée de 2 ans. En tout, ils ont enchaîné 6 années de folie, à faire plusieurs fois le tour du monde. "On a réalisé qu’on avait besoin de s’arrêter pendant un moment. Je suis tombé très malade à cause de tout, l’épuisement du voyage, le stress, raconte Alex Trimble, qui arbore à présent un long carré roux. On n’appréciait plus ce qu’on faisait, parce qu’on avait l’impression d’être obligés, au lieu d’avoir envie. (...) À la fin de la tournée, on ne communiquait plus bien. Ce n’est pas qu’on se détestait, mais on ne s’entendait plus."

Avant même que l'aventure Two Door Cinema Club ne décolle, les 3 Irlandais passaient déjà tout leur temps ensemble à l'école. Une fois la tournée de Beacon terminée, ils ont eu besoin de couper les ponts. Alex Trimble est parti pour Portland, havre de paix des hipsters dans le nuageux Nord-Ouest américain, Kevin Baird a fait des allers-retours entre Los Angeles et Londres, où Sam Halliday, le plus discret des trois, s'était établi. La rupture est brutale, mais salvatrice : "On ne s’est pas parlé pendant presque un an. C’était comme s’il fallait faire connaissance à nouveau", résume Alex Trimble.

On ne s'est pas parlé pendant presque un an

Two Door Cinema Club
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Les retrouvailles se sont faites petit à petit. "À un moment, on préférait juste prendre un café ou une bière, et parler de la vie. C’était très lent. Ça a pris plus de 2 mois puis on a fini par recommencer à parler de musique, puis de la nôtre, et nous inquiéter de ce que l’un et l’autre faisait. On a eu le déclic, et l’enregistrement de l’album a été très très rapide", se souvient le chanteur. Ils l'assurent à l'unisson : ce nouvel album n'aurait pu voir le jour sans cette longue pause. 

Libérer Two Door Cinema Club

"Are we ready?", s'interroge Two Door Cinema Club sur le refrain de Are We Ready? (Wreck), premier single issu de Gameshow. Une question-prétexte pour prendre son élan. Il est courant, chez les artistes, de dénigrer leurs précédents disques. Les 3 garçons n'ont pas évité cet écueil, affirmant dans le Guardian que l'enregistrement de Beacon avait été "trop facile". "Avant, notamment avec le 2e album, on avait presque l’impression d’avoir la formule toute faite pour écrire du Two Door Cinema Club. Et je pense qu’on s’est un peu enfoncé là-dedans", reconnaît Alex Trimble. 

Écoutant de nouveaux genres musicaux chacun de leur côté, les 3 amis décident d'en tirer profit. Gameshow navigue entre titres pop accrocheurs - difficile de se défaire de ce que l'on fait le mieux - (Are We Ready? (Wreck), Bad Decisions, Ordinary, Good Morning), morceaux vaporeux et disco-funk (Fever, Surgery, Je Viens de Là) et moments pop-soul (Invincible). On est loin des morceaux bondissants d'indie pop auxquels ils nous avaient déjà presque habitués. "Il y a des solo de guitares, ce qui est nouveau pour nous, et quelque chose que l’on n’entend plus sur la scène indie rock. On a essayé d’autres instruments. Parfois, il n’y a pas de batterie, parfois le son de la guitare est très fort. Chaque chanson est très différente, a sa propre vie."

Selon Alex, l'enregistrement a été "libérateur". "Je ne dirais pas qu'on a pris des risques, tempère le chanteur au visage poupin. Nous avons juste fait ce que nous voulions faire. On ne se disait pas ‘Oh, ça c’est dangereux !’ On a juste fait ce qui nous effrayait auparavant." "On n’a pas pensé à faire des titres taillés pour les radios ou cette décennie", poursuit Kevin Baird, caché derrière des lunettes à l'épaisse monture noire. 

"Gameshow", l'album de la mise au point

Rentrer dans un moule, Two Door Cinema Club n'en a plus envie. Sereins, aimables et bavards, les 3 jeunes hommes sont loin de l'image de hipsters à mèche et à tube qui leur colle depuis 10 ans. Avec Gameshow, ils ont voulu régler leurs comptes avec un show-business qui a bien failli les avaler tout cru. "L’industrie de la musique est complètement folle, il y a beaucoup de compétition, décrit Alex Trimble, visiblement le plus dérangé par cela. Ça a toujours été le cas. Si on a intitulé cet album Gameshow, c’est parce qu’on a enfin réussi à en sortir."

Dans le titre éponyme, il chante : "Plonge, flotte, plonge, flotte, plonge, flotte, plonge/Pour faire bonne figure/Tu dois faire tout ce que tu peux/Pourquoi réfléchir ? Ne réfléchis pas" ("Sink, float, sink, float, sink, float, sink/In pursuit of looking good/You must do everything you should/Why think? Don't think").

Une manière de singer l'aspect stratégique du métier : "Je ne pensais pas que je me réveillerais avec 20 à 30 mails tous les jours demandant à prendre des décisions financières. J’ai juste signé pour la musique, le reste me paraît encore fou." Ses camarades acquiescent, et Kevin Baird s'amuse à désigner le tableau blanc trônant au fond de la salle. "Ce n’est pas du tout ce que j’imaginais quand j’étais jeune, je voulais juste faire de la musique. Mais si vous voulez en faire votre travail, il y a tellement de choses que vous devez faire, qui me paraissent ridicules", regrette le chanteur.

Génération information

Parmi ces choses "ridicules" : les réseaux sociaux. "Je m’en fous de savoir ce que fait un groupe, assure Alex Trimble en haussant les épaules. Tout ce qui m’intéresse, c’est de savoir quand un album sort ou quand un concert a lieu. Je ne comprends pas qu’on veuille savoir qui sont ces gens, suivre leur vie de tous les jours." C'est pour cela que le trio n'a pas de compte Snapchat.

Le chanteur n'utilise qu'Instagram, et dresse un tableau négatif des réseaux sociaux sur le titre Bad Decisions : "On partage toute cette masse d’information sur nous-mêmes, qui n’est pas si importante. On ne voit que ça sur Internet, des informations dont on n’a pas besoin. (...) C’est écrasant. On ne peut jamais venir à bout d’Internet, il y a toujours quelque chose de plus. Je trouve même sa puissance parfois effrayante, y compris sur nous, comme si c’était un sort." Amer constat pour l'une des formations emblématiques de la génération MySpace.

Le bassiste est le plus à l'aise avec le côté "business" du métier. Il est le seul à publier sur le Twitter du groupe, et s'applique à valider chaque post Facebook avant publication. "De la perspective d’un fan, on le sent quand ce n’est pas un groupe, ou n’importe quelle autre célébrité, qui parle, mais quelqu’un dans un bureau, analyse-t-il. Je pense que c’est très important de ne pas essayer de vendre tout le temps. Oui, nous sommes un groupe et on vit de la musique, enregistrée ou en live, mais nous ne sommes pas Starbucks." Dans le clip de Are We Ready? (Wreck), les 3 musiciens se mettent d'ailleurs dans la peau de vendeurs de télé-achat légèrement angoissants.

Ce recul vient d'une prise de conscience : "Il n’y a pas de formule obligeant à faire des trucs de merde et garantissant d’obtenir le gros lot. Le gros lot, c’est ce que vous faites tous les jours. (...) Nous avons arrêté de nous inquiéter de la fragilité du groupe, de nous dire ‘Si on ne fait pas ça, on va en pâtir.’"

Il suffit d'ailleurs de jeter un oeil à leurs réseaux sociaux pour constater que l'impatience est grande du côté du public, fidèle à Two Door Cinema Club depuis 10 ans. "Récemment, on a rencontré des fans de 18-20 ans. Ils sont grands, ils vivent leur vie, mais ils n’avaient que 12 ans quand ils ont acheté notre premier album ! C’est dingue quand on y pense", sourit Alex Trimble.

Two Door Cinema Club, Gameshow (Warner), sortie le 14 octobre. Two Door Cinema Club sera en concert au Casino de Paris le 27 février.

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