- 05m22s
3 min de lecture
David Gilmour - Rock N' Roll Justice
Crédit : RTL2
Je vais vous raconter une histoire qui met en scène une entreprise française et un guitariste anglais. Quel beau programme me direz-vous ? Mais si le guitariste est un certain David Gilmour, le fer de lance du son de Pink Floyd, et l'entreprise française le fleuron de notre industrie, la SNCF, le programme devient d'un coup plus alléchant, voire déroutant.
La rencontre entre l'entreprise d'État et l'englishman a lieu sur le territoire français, à Aix-en-Provence. En août 2013, David s'apprête à prendre quelques jours mérités de repos chez des amis dans le sud de la France. Il met un pied en gare d'Aix-en-Provence et lorsqu'il sort du wagon n°17, Gilmour est électrisé par le jingle que 94% des Français connaissent. "Do, Sol, La bémol et Mi bémol", une suite de quatre notes fredonnées par une voix de femme. Gilmour prend son iPhone, enregistre le son, il ambitionne de l'intégrer dans une de ses chansons. Ce jingle, c'est Michaël Boumendil qui l'a composé. À travers sa société, Sixième Son, il crée pour des marques de l'engagement avec le son. C'est un spécialiste de l'identité sonore, et avec la SNCF, il a vu juste.
Gilmour ne tarde pas à entrer en contact avec Boumendil. Au téléphone, il ne tarit pas d'éloge. "Ça groove, Michaël, ça groove étonnamment. Vous racontez une histoire en quatre secondes. Avec votre accord, je voudrais en faire une chanson." Sur le principe, Boumendil, honoré et partant. Ne reste plus qu'à discuter des détails. Gilmour refile le bébé à son manager, l'aigrefin Paul Losby, qui a pour mission de trouver un accord avec Sixième Son et la SNCF.
Gilmour compose une chanson intégrant l'élément SNCF, Rattle That Lock ». Boumendil est désigné co-auteur, il autorise Gilmour à reproduire un extrait musical du fameux jingle. La SNCF donne sa bénédiction contractuelle. Pour elle, c'est un honneur, une consécration. Le deal est acté. Boumendil est invité au studio Astoria, la péniche quartier général de Gilmour, qui vogue sur la tamise. Le 23 juin 2015, il a l'insigne honneur d'écouter la version finale de Rattle That Lock, chanson éponyme du prochain album de Gilmour, composé dans le plus grand secret et que le public découvrira dans quelques mois. Tout roule.
Mais, le 9 juillet, Boumendil est invité sur le plateau de RTL. Il raconte, humblement, son histoire avec Gilmour. Son coup de fil avec le mythique guitariste où celui-ci lui dit qu'il écoute des sons toute la journée, mais que là, c'est différent, ça groove étonnamment. Pour l'animateur radio, la transition est toute trouvée. Tout sourire, il se tourne vers la régie et de son bras, accompagne l'entrée en scène de Rattle That Lock. Le son est franchement mauvais, on entend à peine un riff de guitare et un bout du jingle, ce qui n'empêche pas l'animateur, béat, de confirmer "ça groove, ça groove effectivement, c'est extraordinaire". Boumendil semble mal à l'aise. L'animateur précise que c'est un enregistrement amateur capté à l'occasion d'un concert privé. Boumendil est surpris, voire outré. Depuis deux ans, la confidentialité est absolue. "Je trouve ça étrange que quelqu'un ait réussi à enregistrer ça quelque part". Les ennuis vont pouvoir commencer.
A l'évidence, Boumendil a violé son obligation de confidentialité. Gilmour est furieux, il n'y a plus d'accord. et le Frenchie. Plutôt que de se remettre à table, contre-attaque. Boumendil avance que Gilmour utilise sans autorisation le jingle SNCF. Gonflé, me direz-vous. C'est que Boumendil joue sur une ambiguïté du contrat. Pour lui, il n'a pas cédé à Gilmour le jingle, mais uniquement la suite des quatre notes qui le composent. Désormais, ce sera au tribunal de Paris d'en décider. L'institution judiciaire invite les partis à retrouver un accord, mais le mal est fait.
Verdict ? Le tribunal tranche en faveur de Gilmour. À l'article 4 du contrat, il est précisé que Michaël Boumendil a entendu et approuvé la composition de Gilmour. La commune intention des partis était de permettre aux guitaristes d'utiliser le jingle. Lors de sa visite au studio et après avoir entendu Rattle That Lock, Boumendil n'a fait état d'aucune difficulté particulière. Pire encore, sur RTL, il a reconnu que l'album avait une qualité sonore exceptionnelle. Le voilà pris à son propre piège. Gilmour a raison sur toute la ligne. En appel, il gagne à nouveau et se fait en prime rembourser les frais d'avocat qu'il a engagés. On le sait depuis longtemps, Gilmour ne rigole pas avec l'argent qu'il préfère pourtant tenir à distance. "Money, so they say, is the root of evil today". L'argent, comme ils disent, est la source de tous les maux. Pour les Français comme pour les Anglais, telle est la loi du rock.
Bienvenue sur RTL2
Rejoignez la communauté RTL, RTL2 et Fun Radio pour profiter du meilleur de la radio
Je crée mon compte