La Cover : "Say It Ain't So, Joe" de Murray Head, de Roger Daltrey à Penny

Margaux Lassalle & Eric Jean-Jean

Cette semaine, Margaux Lassalle met en lumière un grand classique de la musique britannique : "Say It Ain't So, Joe" de Murray Head. Dévoilé en 1975, ce titre emblématique est très souvent perçu à tort comme une chanson d'amour. Il s'agit en réalité d'un texte dénonçant la corruption, écrit en réaction directe au scandale du Watergate, cette célèbre affaire d'espionnage politique et de mensonges impliquant le président américain Richard Nixon. À travers sa mélodie, l'œuvre exprime avec force un profond sentiment de déception et de trahison.

Ce message désabusé a rapidement résonné auprès d'autres grands noms du rock. Dès 1977, Roger Daltrey, le chanteur des Who, s'approprie le morceau sur son album "One of the Boys" en lui insufflant une énergie bien plus électrique, épaulé notamment par Keith Moon à la batterie. Deux ans plus tard, le groupe mancunien The Hollies y apporte sa touche personnelle en sublimant le titre de ses fameuses harmonies vocales. À la même période, Gary Brooker, chanteur et pianiste de Procol Harum, en livre une interprétation poignante portée par sa voix expressive et par les arrangements de George Martin, le mythique producteur des Beatles. En 1996, le morceau prendra un tout autre virage sous l'impulsion de Marian Gold, le chanteur d'Alphaville, qui en propose une surprenante relecture électro atmosphérique.

La puissance de ce classique continue de traverser les époques, comme le prouve une toute nouvelle version parue au début de ce mois. Signée par Penny, une artiste originaire de Manchester, cette reprise récente offre une approche extrêmement intime et dépouillée du monument de Murray Head. Sublimée par la production du musicien français Sebastian, cette réinterprétation d'une grande douceur apporte une dimension mélancolique inédite au titre original.