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Talking Heads "Stop Making Sense"
Crédit : RTL2
Dans la série des concerts cultes qu'on a écouté et réécouté, il y en a qui sont toujours un peu oubliés et qui pourtant sont des œuvres à part. Je vais parler dans ce WikiWax de Stop Making Sense des Talking Heads.
Pour redonner un peu de contexte à ceux qui ne les connaissent pas du tout, Talking Heads, c'est un groupe de New Wave américain formé en 75 qui a explosé en même temps que les Ramones ou bien Blondie. Il explose tout en 1977 avec son méga hit Psycho Killer. On ne va pas se cacher, ce sont les chouchous de la presse. Ils sont raffinés, imprévisibles, riches musicalement et leur leader, David Byrne, est un poète. Il travaille notamment avec le producteur Brian Eno, qui lui-même adore la musique savante.
En 1983, ils sortent ce qui deviendra l'un de leurs albums les moins cérébral, Speaking in Tongues , qui détonne un peu dans leur discographie. Il est plus dansant, plus pop et plus accessible. Ils le font sans Brian Eno, car ils commencent à chercher le contrôle de leur direction artistique. Ils veulent une liberté totale.
A l'époque, c'est la mode des films documentaires de groupe, donc ils décident qu'il est temps qu'ils fassent le leur, mais avec leur méthode, ils veulent redessiner les codes. Ils confient les rênes de la réalisation à un certain Jonathan Demme, le même qui plus tard réalisera Le silence des agneaux. Ils veulent que ça soit sur quatre soirs au Pantages Theatre de Los Angeles entre les 13 et les 16 décembre 1983. Le premier soir sera une répétition générale et les trois soirs qui vont suivre, ça sera la prestation devant le public. La même prestation mais avec des valeurs de plans différentes. Par exemple, ils ne se serviront que de plans larges le premier soir. Ils ne veulent aucune présence de caméra à l'image pour garder une immersion totale.
Niveau son, ils utilisent une console numérique 24 pistes et c'est tout simplement une première mondiale. Personne n'avait fait ça avant. C'est un film, mais il n'y a aucune interview, rien, juste de la musique. David Byrne voulait que musicalement et visuellement, il forme un tout. Il dira "C'était un modèle vivant d'une société idéale, une utopie éphémère que tout le monde, même le public, ressentait se manifester devant eux". Oui, David intellectualise beaucoup le concept au moment du titre Girlfriend is better. Byrne revient sur scène dans un costume géant stylisé. Le choc entre grotesque, drôle, iconique, on appelle cette scène le "big suit". Il expliquera « je voulais que ma tête paraisse plus petite ». Le moyen le plus simple, c'était de grossir le corps.
Il faut savoir que ce film a coûté 1,2 millions de dollars et a été 100% financé par le groupe. Il est considéré par beaucoup comme l'un des plus grands live filmés de tous les temps. Le résultat est intemporel, il est le concert le mieux noté sur les sites spécialisés encore aujourd'hui. L'album qui est sorti a été vendu à des millions d'exemplaires. Le film a été sélectionné par la Library of Congress qui a été préservé dans le registre national des films américains en tant qu'oeuvre ayant une importance culturelle historique. C'est l'une des plus hautes reconnaissances aux Etats-Unis pour une oeuvre cinématographique. Son impact et l'influence qu'elle a est énorme.
Pour l'anecdote, le "big suit" sera même repris par Hayley Williams, la chanteuse de Paramore. Bref, il faut foncer regarder ce live extraordinaire ou le revoir. Vive la musique !
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