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Gossip
Crédit : RTL2
Beth Ditto naît Marie Beth Paterson en 1981 à Judsonia dans l'Arkansas. Elle grandit dans une famille pauvre, mais il y a pauvre et pauvre. Elle, c'est l'extrême pauvreté. Elle a six frères et soeurs, une mère qui se débrouille seule et des beaux-pères qui défilent. La maison est un taudis et si vous voulez un indice de la misère dans laquelle elle vivait, Beth racontera qu'étant désespérée, sa mère lui a déjà mis un écureuil dans son assiette. La misère est telle qu'à 13 ans, elle part vivre chez sa tante, elle chante dans une chorale baptiste et c'est là qu'elle découvre le pouvoir de sa voix.
Mais elle sait déjà qu'elle est différente. Beth est queer, excentrique, et dans son Arkansas natal ultra conservateur, disons que ça passe moyen. À 18 ans, fan de Nirvana et plus globalement de l'esprit libérateur du grunge, elle quitte tout pour déménager à Olympia, dans l'État de Washington. À l'époque, c'est un foyer brûlant du mouvement Riot grrrl et des scènes punk féministes. Là-bas, Beth trouve enfin de l'espace pour être elle-même. En 1999 à Olympia, elle retrouve deux amis d'enfance venus aussi d'Arkansas, Nathan Howdeshell à la guitare et Kathy Mendonça à la batterie. Ils vivent ensemble en colocation et leur passion pour la musique les pousse à créer leur propre groupe, The Gossip, qui deviendra simplement Gossip.
Dès 2000, Gossip joue au Ladyfest d'Olympia, un festival féministe qui attire l'attention de beaucoup de monde, et notamment de grands médias comme Time Magazine. Ça les propulse sur la scène indie, au croisement du punk et du queer. Repéré par plusieurs labels, le groupe sort un premier EP chez K Records, le label mythique d'Olympia qui a notamment signé Beck, ce qui leur permet de partir faire leur première grosse tournée.
En 2001 sort That's Not What I Heard, leur premier album minimaliste, rugueux, très marqué blues-punk. A l'époque, Gossip reste underground, mais Beth impose déjà son charisme. Pieds nus, hurlements sauvages et provocations scéniques. Le déclic arrive en 2005 avec Standing in the Way of Control, un album plus dansant porté par un single du même nom. Beth l'écrit en réaction à George W. Bush qui tentait d'interdire le mariage homosexuel. Résultat, le morceau devient un hymne queer. En Angleterre, c'est un tube de club joué partout. Et puis en 2009, arrive la bombe, Heavy Cross. Et là, mesdames et messieurs, c'est l'histoire d'un morceau qui devient un phénomène mondial. En Australie, comme aux Etats-Unis, le titre cartonne. Mais alors en Allemagne, c'est carrément la folie. Le morceau reste classé pendant 97 semaines d'affilée dans les charts, dont 27 semaines dans le top 10. Plus de deux ans sans bouger, triple disque d'or, plus de 450 000 ventes, c'est simple. Heavy Cross devient l'un des singles les plus durables de l'histoire des charts allemands.
Gossip, c'est de la musique, mais aussi un manifeste. Heavy Cross n'est pas juste un tube, c'est un symbole. Celui d'une fille qui a transformé une enfance marquée par la pauvreté et la marginalisation en une victoire culturelle totale. Beth Ditto a prouvé qu'on peut casser toutes les normes, toutes les cases et devenir une légende en restant soi-même. Elle a ouvert la voie à une génération queer, féministe et libre. Vive la musique.
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