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Le piano Wurlitzer, un instrument au caractère bien trempé

Plongez dans l'histoire des instruments cultes avec Carole Vega dans RTL2 Pop Rock Collection. Cette semaine, découvrez le piano électrique Wurlitzer qui a marqué la soul, le funk, la pop et le rock des années 70 à aujourd'hui. De Ray Charles à Supertramp, explorez comment ce piano unique, expressif et indomptable, est devenu une véritable signature sonore pour des générations d'artistes.

Le piano Wurlitzer

Crédit : RTL2

Le piano Wurlitzer - RTL2 Pop-Rock Collection

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Carole Vega - édité par Bertrand Laidain

Derrière chaque son culte, il y a un instrument légendaire. Aujourd'hui, on branche le piano Wurlitzer. Eh oui, le Wurlitzer est un piano électrique. Il n'a rien de guindé, ce n'est pas un piano de salon et ce n'est pas un instrument bien élevé. Ce piano a été conçu pour être transporté et pour jouer parfois fort. Parce que le Wurlitzer a du caractère ! Cet instrument réagit immédiatement au toucher et il ne se prive pas de le faire entendre.

Dans les années 70, le Wurlitzer est partout. On l'entend dans la soul, le funk, la pop, le rock. Ce qui plaît aux artistes, c'est qu'il est percussif, expressif, direct. Ray Charles l'utilise comme une véritable machine rythmique. Stevie Wonder en exploite toute la souplesse. Et comment ne pas évoquer Supertramp, qui en fait une signature sonore immédiate ? deux accords et l'identité du groupe est là. 

L'histoire de ce piano pas commode commence aux États-Unis dans les années 1950. La firme Wurlitzer est déjà bien connue pour ses orgues et ses jukebox. Elle se lance alors dans le piano électrique pour créer un instrument pratique efficace, qui ne cherche absolument pas à imiter le piano acoustique. Ce qui serait impossible, puisqu'à l'intérieur du Wurlitzer, il n'y a pas de cordes. À la place, des lamelles métalliques qu'on appelle les reeds. Résultat, quand on appuie sur une touche, la lamelle vibre et le signal est amplifié. Tout se joue dans la taque. Plus le jeu est délicat, plus le son reste rond. Plus on insiste, plus le piano devient nerveux. Et quand on appuie franchement, le Wurlitzer se met à saturer de lui-même. Ce n'est pas un effet ajouté, c'est sa nature. 

Ce piano a ses humeurs. C'est d'ailleurs pour ça qu'on le reconnaît si vite. Quelques notes suffisent, ce claquement métallique, ce grain électrique très particulier et cette impression que le piano est vivant, presque susceptible. Ce n'est pas un instrument qui se fond dans le décor, il a trop de caractère pour ça. C'est un instrument qui prend la parole. Le modèle le plus célèbre, le Wurlitzer 200A, arrive à la fin des années 1960. Un design sobre, un capot en plastique, un amplificateur intégré, rien de spectaculaire à regarder, mais un son parfaitement taillé pour jouer en groupe. Puis arrivent les années 1980 et les synthétiseurs numériques. Plus propres, plus stables, plus faciles à entretenir. Face à eux, le Wurlitzer fait figure d'instrument capricieux, fragile, exigeant, parfois imprévisible. La production s'arrête et le piano disparaît progressivement des studios. 

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Mais comme souvent, ce sont les défauts qui finissent par créer le désir. À partir des années 90, musiciens et producteurs recommencent à chercher du grain, du relief, de la personnalité. Le Wurlitzer revient. Restauré, samplé, redécouvert, précisément pour ce qu'il est. Parce que ce piano ne corrige rien, il transmet, il amplifie l'intention, le bon comme le moins bon. Il ne cherche pas à être parfait, il cherche à être expressif.

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