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David Bowie livre un "Blackstar" touchant et intrigant, quelques jours avant de mourir

ON L'A ÉCOUTÉ - David Bowie propose "Blackstar", un album de 7 titres, miroir hypnotique de ses angoisses, à l'ambiance jazzy.

David Bowie revient dans "Blackstar"
David Bowie revient dans "Blackstar"
Crédit : Columbia France

Le 8 janvier 2016, David Bowie a livré, sans que ses fans s'en doutent, son dernier album, intitulé Blackstar. Le chanteur britannique avait 69 ans. Il est décédé le 10 janvier à la suite d'une longue bataille contre un cancer, dont il n'avait pas fait part publiquement.

Avec Blackstar, David Bowie était à nouveau là où l'on ne l'attendait pas. S'il est considéré comme l'un des artistes les plus influents de ces 50 dernières années, c'est parce que le chanteur britannique a toujours su surprendre, anticiper les modes et se moquer des conventions. Il a apporté un oeil inédit, brillant, sur la musique pop, brouillant les pistes entre les identités sexuelles, entre la fiction et la réalité, et entre les genres musicaux. Blackstar, son 25e disque studio, était sorti le jour de son anniversaire.

En 7 titres sinueux, comme sortis d'un cauchemar, David Bowie égrenne ses angoisses dans une ambiance jazzy. Tony Visconti, son producteur légendaire et qui a à nouveau travaillé avec lui sur Blackstaravait juré auprès de Rolling Stone que "le but était d'éviter le rock'n'roll". Pari réussi.

Des touches de jazz en filigrane

Tout commence avec Blackstar, titre éponyme durant près de 10 minutes. Il faut bien s'appeler David Bowie pour oser démarrer un disque de cette manière, dans une industrie musicale s'appliquant à respecter les codes pour toucher le plus de monde possible. Blackstar est une mini-épopée à lui seule, à écouter chez soi, dans le silence si possible, pour en saisir toutes les nuances.

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Entre cuivres ronflants, cordes rêveuses, choeurs hantés, vents hypnotisants et batterie de club élégant, le morceau poursuit tranquillement sa route. La preuve que la musique pop peut encore innover, s'affranchir des carcans. "I am a blackstar", "je suis une étoile noire", stipule David Bowie dans un timbre d'incantateur. Une affirmation qui tombe pile en pleine Star Wars mania. La vie a parfois des coïncidences amusantes. 

La batterie prend ensuite le pouvoir sur 'Tis A Pity She Was A Whore, avant que les saxophones ne s'emballent, soutenues par un piano guilleret. On retrouve l'ambiance savamment dansante dans laquelle David Bowie excelle. En tendant l'oreille, on peut sourire des paroles très crues, qui passent presque inaperçues. 

David Bowie se livre

L'ambiance s'assombrit à nouveau sur Lazarusdeuxième single extrait de Blackstar. Ce morceau, qui semble accessible dans ses premières secondes avec sa guitare un psychédélique, se nappe ensuite de cuivres ronflants, semblant sortis d'un film noir.

David Bowie fait de son âme un polar, nous parle comme s'il était sur son lit de mort : "I've got scars that can't be seen/I've got drama that can't be stolen/Everybody knows me now" ("J'ai des cicatrices qui ne peuvent être vues/J'ai des drames qui ne peuvent être volés/Tout le monde me connaît à présent"), énumère le chanteur, qui affirme aussi "ne plus rien avoir à perdre". L’interprète de Ziggy Stardust raconte sa vie à New York, "où il vivait comme un roi", "sans un sou". "Je serai libre/Tout comme ce merle bleu/Je serai libre/N'est-ce pas ce que je suis ?" ("I'll be free/Just like that bluebird/Oh I'll be free/Ain't that just like me"), espère-t-il. Le morceau s'achève sur quelques notes de guitares assénées comme un couperet. 

Dans Dollar Days, David Bowie se souvient de la campagne anglaise, "où il n'y a rien à voir" "J'essaie/Je meurs aussi", conclue le chanteur à la fin du morceau, alors que sa voix disparaît au loin.

Changement de perspective

La genèse de Blackstar réside dans Sue (Or In A Season of Crime). Ce titre prouve que le chant de David Bowie n'a rien perdu de sa superbe : vibrant, il transporte au rythme d'une guitare lourde et saccadée, comme une marche en avant inéluctable. Cette chanson, où un homme annonce à sa femme qu'il a trouvé un emploi, n'est cependant pas inédite. Tout comme 'Tis A Pity She Was A Whore, elle est extraite de la compilation Nothing Has Changed (2014). 

Dans Girl Loves Me, la voix de David Bowie est un écho teinté d'hystérie. C'est sans doute le morceau le plus intrigant de l'album. Tony Visconti n'a pas menti en disant que lui et Bowie avaient "beaucoup écouté Kendrick Lamar", l'un des rappeurs américains les plus influents du moment, pendant l'enregistrement de Blackstar. Entre mid-tempo entêtant, voix dédoublée et cordes mystérieuses, Girl Loves Me captive.

Le dernier titre, I Can't Give Everything Away, permet la rencontre de différents David Bowie. Celui qui affectionne les envolées instrumentales, celui qui s'essaie au jazz mélancolique et celui qui ne renoncerait pour rien au monde à un beat entraînant. Ce magnifique morceau, peut-être le plus touchant du disque, clôt Blackstar comme un générique de fin élévateur. Impossible d'en ressortir indemne. 

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