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VIDÉO - Grand Blanc : "Ce groupe est une manière de faire face au réel"

RENCONTRE - Avec son rock électro dansant et sombre, Grand Blanc est l'une des relèves du rock français. Leur premier album, "Mémoires vives", est sorti le 19 février.

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Grand Blanc en interview sur RTL2.fr Crédit Image : Capture d'écran/RTLnet | Crédit Média : RTLnet | Date :
MorganeGiuliani
Morgane Giuliani

Pour rejoindre Grand Blanc, il faut se rendre à Mains d'œuvres, lieu associatif éclectique de Saint-Ouen, en bordure du nord de Paris. Ici, la vaste cafétéria du rez-de-chaussée, baignée de lumière grâce aux grandes vitres, surplombe un sous-sol de studios de répétition collés les uns aux autres. Plus haut, on trouve différentes salles, dont une nommée Star Trek, à l'allure rétro-futuriste. C'est ici que Grand Blanc s'échauffe avant de partir en tournée défendre son premier album, Mémoires vives, sorti le 19 février sur le label Entreprises. Il a été enregistré en trois semaines, dans une maison normande. 

"Mémoires vives"

Dans une pièce sans fenêtres, débordant d'amplis, de pédales et de sets de batterie, Camille (chant/claviers), Benoît (chant/guitare) et Vincent (claviers/guitare) parviennent à se faire une petite place pour répéter. Les étagères en métal, la blouse trop grande de Camille et le bonnet retroussé de Benoît donnent l'impression d'être dans une série de AB Productions. Sans leur batteur, Luc, souvent retenu par son travail de cameraman pour le Ministère de la défense, les trois amis jouent Surprise Party, premier single officiel de Mémoires vives

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Une guitare saturée, un beat entêtant, l'équilibre entre le chant grave de Benoît et la voix gracieuse de Camille, des mots imagés qui claquent : c'est la formule magique de Grand Blanc. "C'est une chanson qui a un fond. Ça a été un peu notre labo pour trouver notre ton, explique Benoît, amateur des longues explications, à RTL2.fr. On a fait notre balance des blancs sur ce morceau. Il représente exactement ça, ce mélange d'exutoire plein de vie et en même temps, de gros défis quotidiens, existentiels."

Les membres de Grand Blanc semblent partager ces préocuppations avec leurs camarades de FAUVE, Bagarre, Radio Elvis ou encore Blind Digital Citizen. Ils ont même été pris en photo par le célèbre styliste Hedi Slimane, responsable de Saint Laurent, dans une série voulant immortaliser ces jeunes espoirs du rock français

Des voix à part

Surprise Party ouvre Mémoires vives, enfilade de 13 titres hésitant entre douceur et poing dans la figure, qui trouve son point culminant dans le titre L'amour fou. Cet équilibre est notamment permis par le jeu de réponses entre Camille et Benoît. "On considère vraiment les voix comme des instruments, et ça se voit beaucoup plus quand deux timbres sont opposés ou complémentaires, estime Benoît. On savait qu'on devait pousser ça." 

"L'une des grosses nouveautés de l'album, c'est la manière dont Camille a abordé le phrasé", appuie Benoît, laissant le micro à sa camarade. Dans le morceau Tendresse, qu'elle a écrit avec Vincent, Camille prolonge les notes, tord sa voix au point d'en faire un filet mystique qui happe l'oreille. "La langue française appelle naturellement à être scandée, et sur l'album, j'ai essayé de travailler à comment elle pouvait être étirée pour la rendre un peu mélodique, comme on pourrait le faire en anglais d'ailleurs", explique la jeune femme aux grands yeux bleu clair. 

Pour Grand Blanc, tout a réellement commencé avec Samedi la Nuit. Dévoilé en 2014, ce n'est pas leur premier titre, mais celui qui va les faire remarquer. "C'est la première chanson de Grand Blanc, sans avoir été la première écrite. Quand on l'a composée, on s'est dit : 'Voilà, ça c'est Grand Blanc.'", explique Camille. "C'est avec Montparnasse que j'ai commencé à écrire 'manière Grand Blanc'. C'est le premier texte autour duquel on s'est bien retrouvé", poursuit Benoît. Avec L'homme serpent, ces chansons sont "comme des petits grigris" résume Camille en souriant. 

Faire face au réel

Cette envie lui est venue de son amour pour le hip-hop et le R&B. Tout aussi post-punk qu'électro, Grand Blanc évolue vers des sonorités urbaines et glaciales. Dans un texte fondateur qui a fini en communiqué de presse, le groupe citait Joy Division, Alain Bashung, ou encore, Kraftwerk comme sources d'inspiration. "On voulait faire référence à une photo super connue de Bashung portant un T-shirt de Joy Division", précise Benoît. Le groupe regrette d'être cantonné à ces deux figures. 

Grand Blanc aimerait même pouvoir se détacher de toute influence. Leurs textes courts et percutants se parent d'allitérations, oxymores ou alliances de mots qui ne devraient rien avoir à faire ensemble. "C'est comme tu as envie/Et tu ne coûtes rien/Les verres à moitié vides/On est à moitié plein (...) Je me lève et je vais/Me rendre à l'évidence/Plus tu penses/Plus tu danses (...) Tu danses/Tant qu'on est en vie/Tu danses/Quand tu en as envie", chantent Benoît et Camille sur la dansante Évidence.

On essaie de faire en sorte que notre musique soit la plus réelle et quotidienne possible

Grand Blanc
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“On essaie de faire en sorte que notre musique soit la plus réelle et quotidienne possible”, indique Benoît, qui écrit toutes les paroles. Il reconnaît avoir développé quelques habitudes d'écriture au cours de ses études en littérature. "On essaie de ne pas avoir de modèles, même si c’est difficile. Nos influences sont plutôt du côté de trucs très pop, dans la chanson plus que dans la poésie. Du coup, on essaie d’être un maximum spontané, de ne pas trop réfléchir", assure-t-il. 

Grand Blanc c’est plus une manière de faire face au réel, dans tout ce qu’il a de vrai, de beau, et d’essayer d’y trouver un sens dans les mots, dans les images un peu mystiques et poétiques, explique le silencieux Vincent. C’est plus une façon de trouver du sens au réel que de le fuir.”

Metz l'exotique

Avec son premier EP éponyme, sorti en 2014, Grand Blanc a voulu mettre en musique son passé messin. Même si le groupe s'est formé à Paris, c'est à Metz, en Lorraine, qu'il s'est fait une place et a été repéré par les Inouïs du Printemps de Bourges. Question de concurrence moins forte et de moyens conséquents accordés à la jeune scène.

"C'était un jeu assez marrant, dans ce premier disque, de faire une espèce de tableau de ce qui nous avait marqués, résume Benoît, qui a rencontré Camille au collège. On a choisi des trucs typiques comme aller explorer des vieux forts militaires abandonnés sur les collines au-dessus de Metz, ne trouver aucun bar ouvert un samedi à 1h30 du matin, et du coup, zoner dans la rue. Il y a les bagnoles pourries. On a pris tout ça parce que c'était ce qu'on trouvait cool chez nous. On a une grosse tendresse pour cette ville et son curieux exotisme."

Sur le premier EP du quatuor se trouve Degré Zéro, leur "chanson la plus messine", reconnaît Camille. En voyant des objets remonter en surface de la Moselle gelée en plein hiver, elle a eu l'image d'un "petit bout de film avec quelqu’un qui marcherait sur l’eau gelée avec plein d’objets, dans la nuit noire". "C'est un texte sur le retour à Metz, chez soi, ajoute Benoît. Quand on va faire ses études, ça met un petit peu de temps de comprendre qu’on quitte un lieu, qu'on se construit en tant qu’adulte. Chez ses parents, ça peut rester un foyer, un truc cool, mais il y a quelque chose de parfois répulsif." Pourtant, au-dessus d'eux trône une peluche de requin blanc, offerte par leurs parents. La maison n'est jamais loin.

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