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Savages : "Rien n'est jamais trop intense"

RENCONTRE - Formé de trois Anglaises et d'une Française, Jehnny Beth, Savages propose un post-rock sulfureux et salvateur. Leur deuxième album, "Adore Life", sortira le 22 janvier 2016.

Savages se produira à la Cigale le 1er mars 2016
Savages se produira à la Cigale le 1er mars 2016
Crédit : Instagram.com/savagesband

Il est des groupes qui changent la donne dès leur apparition. Savages est de ceux-là. Née en 2011 à Londres, sous la houlette de la Française Jehnny Beth et de l'Anglaise Gemma Thompson, la formation est rapidement devenue quatuor avec Fay Hamilton à la batterie, et Ayse Hassan à la basse. En 2013, Savages sort son premier album, dont le titre implacable annonce la couleur : Silence Yourself. Nommé au Prix Mercury, le disque met d'accord la plupart des critiques, et séduit un public avide de guitares saturées et d'hymnes furieux au post-rock salvateur, comme Shut Up, Husbands et City's Full.

Le 22 janvier, Savages dévoilera Adore Life, un deuxième album voulu "dans la continuité" de son prédécesseur. RTL2.fr a pu rencontrer trois des membres du groupe, dans les locaux modernes de leur label français, Beggars, au cœur du bouillonnant quartier de Belleville, à Paris.

Taillées pour la scène

L'effervescence est à son comble en ce jeudi après-midi de début novembre, dans les bureaux ensoleillés de Beggars. Les journalistes se suivent toute la journée, chronométrée à la minute près. Les quatre membres de Savages enchaînent séances photos et interviews, en solo, ou à plusieurs, en français ou en anglais. Depuis la sortie de Silence Yourself, l'engouement a décuplé envers ce groupe encore inconnu il y a peu, qui s'est taillé une réputation de sauveuses de la musique rock grâce à leurs prestations scéniques rageuses et magnétiques.

La dernière fois qu'on les a croisées, c'était à la Route du Rock, mi-août 2015. "On a joué plusieurs festivals avec Savages et ces dames nous laminent", avait plaisanté Matthew Flegel, chanteur et guitariste du groupe canadien Viet Cong, auprès de RTL2.fr. Il avait vu juste. Savages a le soir même livré la meilleure prestation du festival, et dévoilé pour la première fois en France de nombreux morceaux de son deuxième album. 

Notre concert à la Route du Rock 2015 a été l'un de mes préférés

Fay Hamilton, batteuse de Savages
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"Je dois le dire : la Route du Rock a été l’un de mes concerts préférés, de tous ceux que l'on a joués jusqu'à présent, annonce d'emblée Fay Hamilton, batteuse du groupe à l'énergie nerveuse. Du début à la fin, j’ai adoré. Le public était fou." "Peut-être qu’on avait l’air surprise, parce qu’à chaque fois qu’on a un accueil très chaleureux de la part du public, on se sent très reconnaissante et touchée", ajoute Jehnny Beth avec un sourire qui fait pétiller ses yeux sombres. 

Pour prendre mesure de la rage extatique de Savages, rien ne vaut la scène. De se joindre à cette expérience collective où les corps s'entrechoquent et les bras se lèvent vers le plafond, afin d'appuyer le rythme ou d'attraper Jehnny Beth au passage. Les membres de Savages sont à présent rodées. Elles ont joué aux quatre coins du monde, parfois en première partie de Queens of the Stone Age, depuis trois ans, et avec le groupe japonais Bo Ningen. Elles ont su défendre un jeu de scène brut et puissant, avec des tenues de scène en noir et blanc, et quelques touches de féminité. On peut en avoir un aperçu dans le clip de leur dernier single, The Answer.

Quand on monte sur scène, on s'attend à ce que quelque chose se passe

Jehnny Beth, chanteuse de Savages

"Quand on monte sur scène, on s’attend à ce que quelque chose se passe, explique Jehnny Beth, à la chemise en jean déchiquetée aux épaules. On est ouverte aux questions et aux surprises. Mais, en général, on ne veut pas quitter la scène tant qu’il n’y a pas eu au moins un changement au fond de nous, ou au sein du public." 

Hommage à Eagles of Death Metal

Le concert de Savages à la Maroquinerie, le 1er décembre, n'a pas dérogé à la règle. L'atmosphère est vite bouillante. Jehnny Beth, en sueur, saute et grimpe sur les épaules de la foule pendant le titre Hit Me. Malgré une petite extinction de voix, elle tient bon. Fay Hamilton impressionne par son jeu sans concession, que sa frêle corpulence ne peut laisser soupçonner. Ayse Hassan et Gemma Thompson sont d'une précision exemplaire, chacune à une extrémité de la scène.

Vers la fin du set, Jehnny Beth annonce : "Il y a un an, j'étais à Los Angeles pour aider un groupe à écrire une chanson. J'ai assisté à l'enregistrement. J'étais spectatrice. On va vous jouer I Love You All The Time de Eagles of Death Metal." Il s'agit du groupe qui jouait au Bataclan, le soir du 13 novembre. Les applaudissements tonnent entre les colonnes de la Maroquinerie, pendant plus d'une minute. Les membres de Savages sourient, émues. À l'extérieur, des fleurs sont déposées à l'entrée de la Maroquinerie. La salle a perdu Thomas Duperron, son responsable de la communication, dans les attentats. 

Prendre sa vie en main

"Maintenant, on va jouer Adore, un titre de notre prochain album. Faites du bruit, Josh et Jesse (Homme et Hughes, membres de Eagles of Death Metal, ndlr), doivent vous entendre", poursuit Jehnny Beth sous les clameurs du public. Adore, qui a donné son nom à leur deuxième album, Adore Life, est sans doute la chanson la plus lumineuse de Savages. Elles y martèlent leur joie de vivre en disant : "Je pourrais mourir demain/Donc je me dois de dire/Que j'adore la vie" ("I will die maybe tomorrow/So I need to say/I adore life"). 

Jehnny Beth a écrit Adore après avoir lu le recueil de poèmes Crime Against Nature, de Minnie Bruce Pratt, acheté à Los Angeles. Cette femme avait fait scandale en quittant son mari et sa famille pour une autre femme. "Au-delà du fait de devenir homosexuelle, le plus intéressant est qu’en ouvrant son cœur, elle est devenue une poétesse. Elle est devenue elle-même. Cela peut arriver à tout un chacun, estime Jehnny Beth, qui a très tôt vu la musique comme un échappatoire. C’est l’idée que véhicule l’album : les décisions que l’on prend dans la vie, et les changements qu'elles impliquent, sont essentiels pour satisfaire votre personnalité, votre propre lumière." À demi-mots, elle confie avoir parfois les larmes aux yeux en interprétant Adore, qu'elle considère comme "l'hymne" de Savages.

Adore Life
est centré sur le sentiment amoureux, à la fois célébré et mis en doute, et l'idée de saisir l'instant. Le groupe n'y voit pas de contraste avec leur sombre premier disque, Silence Yourself : "On a eu l’impression qu’ils fonctionnaient comme un diptyque. La chanson Adore est l’une des plus fortes de l’album et est plutôt inhabituelle pour Savages, car c’est une ballade et elle a un sens très universel, défend Jehnny Beth, qui craint le malentendu. Elle repose sur cette idée simple : on peut mourir demain, et cela change votre manière de saisir le moment présent. Cela peut vous pousser à prendre votre vie, ou votre journée, en main." 

La pochette de "Adore Life", deuxième album de Savages
La pochette de "Adore Life", deuxième album de Savages
Crédit : Savages

Pour illustrer ce concept, le groupe a choisi une pochette d'album montrant le poing de Jehnny Beth, brandi : "Le poing est un symbole très fort, sans avoir besoin de rajouter quoi que ce soit, estime la batteuse Fay. C’est plein de positivité, de force, de rébellion. Ça permet de réunir l’amour et la force." 

Donner en retour

"La scène est l’endroit le plus libre du monde. C’est mon endroit préféré", glisse à voix basse Jehnny Beth, comme s'il s'agissait d'un secret. Savages clôt son concert à la Maroquinerie par Fuckers, titre de 10 minutes où la chanteuse martèle "Don't let the fuckers get you down", "Ne laisse pas les connards te mettre à terre". 

La scène est l'endroit le plus libre du monde

Jehnny Beth, chanteuse de Savages

Ce morceau a une valeur particulière. "Quand nous avons écrit la chanson Fuckers, au milieu de notre tournée, cela a été notre première tentative de donner quelque chose en retour, révèle Jehnny Beth, qui arbore un tatouage en forme de coeur rouge sur son avant-bras gauche. De donner une chanson que les gens pourraient ramener chez eux, et qui aurait un impact sur eux. Quelqu’un m’a dit récemment qu’en entendant Fuckers, il a ensuite démissionné. Transmettre de la positivité, c'est le but ultime pour moi." "Cela revient au fait de donner aux gens l’impulsion d’accomplir leurs désirs, que ce soit d’être eux-mêmes, d’apprécier la vie ou de s’aimer", poursuit Ayse, la discrète bassiste du groupe. 

"L’amour du public vous change, en tant que personne, en tant que groupe. Qu’est-ce qu’on fait de cela ?, s'interroge Jehnny Beth. Il n’y a jamais eu de concert vide de sens pour Savages. C’est plutôt rare. Je suis reconnaissante pour cela. Cela vous fait prendre conscience de vos responsabilités. Qu’est-ce qu’on donne en retour ?"

La seule peur que nous avons, c’est de ne pas être assez intenses

Fay Hamilton, batteuse de Savages

Savages revendique cette conception sans concession de la musique. "Rien n’est jamais trop intense. La seule peur que nous avons, c’est de ne pas être assez intenses, affirme Fay Hamilton, qui est un modèle pour de nombreuses jeunes batteuses. L’intensité peut toujours nous amener quelque part."

Savages se produira à Dijon le 26 février, le 27 février à Fézin, le 28 à Bordeaux et le 1er mars à la Cigale de Paris. 

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