6 min de lecture Rédacteur en chef

Izia : "J'aimerais toucher encore plus de gens"

IZIA RÉDAC CHEF - Izia est la rédactrice en chef d'un jour de RTL2.fr. Elle revient sur ses dix ans de carrière et le virage artistique entrepris sur son 3e album à l'électro-pop élégante, "La Vague".

Izia - Rédac Chef Crédits : Maxime Villalonga | Date : 02/11/2015
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Izia - Rédac Chef Crédits : Maxime Villalonga | Date : 02/11/2015
La chanteuse Izia Crédits : Maxime Villalonga | Date : 02/11/2015
Izia - Rédac Chef Crédits : Maxime Villalonga | Date : 02/11/2015
Izia - Rédac Chef Crédits : Maxime Villalonga | Date : 02/11/2015
Izia - Rédac Chef Crédits : Maxime Villalonga | Date : 02/11/2015
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MorganeGiuliani
Morgane Giuliani

"Je suis très premier degré", insiste Izia à plusieurs reprises. On est bien obligé de la croire. Passer deux heures en compagnie de la chanteuse et actrice de 25 ans, c'est avoir en face de soi un tourbillon d'émotions. Une jeune femme qui pense à sa prochaine phrase avant même d'en avoir terminé une, qui hésite, cherche ses mots et s'excuse. Beaucoup. Elle vous considère d'un air un peu méfiant quand elle ne vous connaît pas puis finit par baisser sa garde.

Une fois à l'aise, Izia vous regarde longuement dans les yeux, vous sourit, voire vous touche le bras ou la cuisse pour appuyer son enthousiasme. Mais sa nervosité reste palpable. Elle se dévore les doigts dès qu'elle n'a pas la parole. 

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Inquiète sur l'avenir de la musique

Izia semble coincée dans un paradoxe. Elle veut bien faire car elle a une vision presque idéaliste de son métier d'artiste. Ce n'est pas pour rien qu'à son jeune âge, elle a déjà reçu un César, pour Mauvaise Fille (2012), et trois Victoires de la musique. Mais elle n'est pas totalement confiante en l'avenir de la musique. 

"J’ai peur quand je vois de plus en plus de bus de tournée partir de Nation sans remorque transportant du matériel, indique-t-elle. Ça veut dire qu’on a de moins en moins d’instruments. Mais qu’est-ce que ça signifie pour la scène ? En même temps, The Dø ont plein d’instruments électroniques, une batterie en pad, mais ils envoient du lourd sur scène ! Et Olivia (la chanteuse, ndlr) est un amour." 

En parlant des artistes qu'elle aime, Izia distille ce qu'elle pense être sa mission en tant que chanteuse : "Jeanne Added a l’air froide quand on écoute ses chansons mais elle a beaucoup de générosité sur scène." Elle félicite aussi les jeunes groupes français Bagarre, Iñigo Montoya et Blind Digital Citizen pour leur sens de l'innovation brute. Et pourtant, Izia nous assure qu'elle "ne connaît rien à la musique". Difficile de la croire. 

Sortir le public de sa zone de confort

Izia veut beaucoup donner à son public même si elle aime le chahuter de temps en temps. "Récemment, j’ai eu toute une rangée de filles avec des appareils dentaires au premier rang, raconte-t-elle en souriant à RTL2.fr. Ça m’a fait rire, elles étaient trop mignonnes ! Je les ai charriées toute la soirée."

Quand on évoque l'avenir de la musique, Izia craint que le public change, soit de moins en moins curieux ou prêt à se laisser aller : "On dirait qu'il faut de plus en plus arriver avec un concept, rentrer dans des cases, déplore la jeune femme, traçant un carré en l'air. Moi, au contraire, je rêve que mon prochain album soit encore plus expérimental." 

À chaque concert, j’essaie de saisir le moment où ça bascule

Izia
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"Je suis là pour faire sortir les gens de leur zone de confort. À chaque concert, j’essaie de saisir le moment où ça bascule, explique-t-elle en attrapant le vide. Je ne vais jamais à un concert en me disant que je fais mon boulot. Certains oui, parce qu’ils font de très longues tournées et ça se comprend. J’ai peur que ça se perde, que les gens aient moins envie."

Le droit d'évoluer

Izia est aussi sensible aux critiques négatives. Un peu tremblante, haussant les sourcils en guise d'interrogation, elle revient pendant plusieurs minutes sur un article qui l'a blessée, publié il y a plusieurs mois. Même les remarques des anonymes l'atteignent : "Je vais te dire un truc. Les réseaux sociaux, ça me fait peur", chuchote-t-elle. Comme si elle devait avoir honte de se mettre en retrait de Facebook, Twitter et Instagram, pour se protéger. "Un seul commentaire négatif peut me pourrir la vie pendant cinq minutes et c'est déjà cinq minutes de trop", soupire-t-elle.

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Izia chante "La Vague" à Bordeaux Durée : |

La sortie de son troisième disque, La Vague (2015), a fait grand bruit. Izia y abandonne (presque entièrement) l'anglais, délaisse les guitares stoner, le chant éraillé qui était devenu sa patte, pour une électro-pop soignée, rappelant les productions froides et dansantes des années 80. Les réactions ont été mitigées face à ce virage à 180 degrés. "Quand j'ai commencé à faire de la musique, j'avais 15 ans. J'en ai 25 aujourd'hui, c'est normal que je change, se défend Izia. Sur cet album, j'ai fait la musique que j'avais envie d'écouter, tout simplement."

"Sur scène, j’ai de l’électronique et de l’organique. Et c’est très bien comme ça, assure Izia, très animée. Les chansons de La Vague sont aussi différentes sur scène et c’est très bien comme ça. Avant je sautais sur scène, mais maintenant je danse aussi ! C’est génial. Il y a aussi beaucoup de sensualité, de sexualité, dans mes concerts et ça, c’est important."

Se prendre en main

"Je trouve ça bien plus rock de décider de prendre un album en main et de faire une sorte de reboot, que de continuer ce que l’on fait", estime Izia, à propos de La Vague. "Je me sens beaucoup plus épanouie en tant qu’artiste, assure-t-elle. J’ai tout contrôlé sur ce troisième disque, je n’ai rien lâché, rien laissé passer, contrairement aux précédents, notamment le premier. Ça fait du bien. Quand j’ai pris des décisions au moment d’enregistrer le disque, je savais que j’avais raison, que c’était la bonne chose à faire, parce que c’était ce dont j’avais envie."

Dans cette expérience, elle a été épaulée par Johnny Hostile, cofondateur du label Pop Noire avec Jenny Beth, chanteuse de Savages. "Johnny a su me comprendre tout de suite, raconte Izia. Camille (vrai prénom de Jenny Beth, ndlr) m'a aidée avec les paroles de You, la chanson la plus difficile que j’ai eue à écrire sur l’album. Je squattais chez elle et Nico (Johnny Hostile, ndlr) à Londres, c’était une sorte de colocation à trois."

J’ose plus dire non à des choses que je n’ai pas envie de faire

Izia
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Izia est aussi de plus en plus intransigeante envers sa deuxième casquette : actrice. "J’ose plus dire non à des choses que je n’ai pas envie de faire, révèle-t-elle d'une voix calme. Sur les derniers films que j’ai faits, je me suis rendue compte a posteriori que je n’ai pas toujours été à l’aise avec ce qu’on me demandait de faire." Elle n'en dira pas plus.

Izia reconnaît avoir assisté à quelques défilés de mode au début de sa carrière mais celle qui se revendique comme apôtre du "non-style" se tient à l'écart des événements trop marqués "show-business". "J’ai refusé de chanter pour des marques parce que je ne me serais pas sentie à l’aise, assure-t-elle, tirant sur ses tresses africaines. Et puis, je gagne bien ma vie, je n’ai pas besoin d’accumuler plus d’argent." 

Rêves de longévité

Si Izia a essuyé pas mal de critiques cette année, elle assure qu'on ne s'en est jamais pris à elle au titre qu'elle est une femme ou la fille de Jacques Higelin. "Ou alors, je ne l'ai pas compris tel quel", ajoute la chanteuse. Quand elle parle de son père, Izia est d'ailleurs intarissable. L'évoquer suffit à lui faire monter les larmes aux yeux.

Mon père est quelqu'un de très pur, il s'émerveille de tout

Izia
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"Je suis très fière de mon père, notamment en ce moment, dit-elle au lendemain du concert pour ses 50 ans de carrière, à la Philarmonie de Paris. Il est mort de trac, encore à son âge. J’envie sa longévité. C’est quelqu’un de très pur, il s'émerveille de tout. Il voit tout avec des yeux d'enfant. On est pareil lui et moi. " Très proches, père et fille se sont même une fois prêtés au jeu d'un sketch pour Vine. 

Izia est toujours reconnaissante envers ses parents de l'avoir laissée arrêter l'école pour se lancer dans la musique : "J’ai eu la chance d’être entourée de gens bienveillants dès le début. Mais quand j’y repense, qu’est-ce que c’était absurde par moments ! Et mes parents qui m’ont laissée partir sur les routes à l’âge de 15 ans ! Sur ma première tournée, je n’étais même pas sûre de chanter comme il fallait."

En dix ans, Izia a avalé les kilomètres. Elle en parcourra encore des centaines jusqu'à la fin de l'année, et début 2016, à travers la France. Elle aimerait retrouver le temps de tourner à nouveau même si la musique reste une priorité. "J’ai peur mais je suis très excitée par l’avenir. J’aimerais encore plus, explique-t-elle. Pas forcément faire des plus grosses salles mais, par exemple, faire plusieurs concerts d’affilée dans une même salle. J’aimerais toucher encore plus de gens.

Dehors, le soleil se couche et Izia sourit à pleines dents. En guise d'au revoir, elle vous serre fort dans ses bras. "Ça va, je n'ai pas dit trop de bêtises ?", demande-t-elle avec inquiétude à son attachée de presse. Réponse : "Mais non, tu es parfaite parce que tu es toi".

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