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La Femme soigne son cœur brisé avec "Mystère"

NOUS L'AVONS ÉCOUTÉ - La formation de pop décalée revient un 2e album aux titres cruels mais universels.

La Femme revient avec son deuxième album, "Mystère", disponible le 2 septembre
La Femme revient avec son deuxième album, "Mystère", disponible le 2 septembre
Crédit : Olivier Hoffschir / Rock en Seine

La Femme est sans doute l'une des meilleures choses qui soit arrivées à la pop française depuis le début de cette décennie. Avec leur bagout, leur dégaine un peu tête à claque, leur vision désenclavée de la pop, les membres la joyeuse troupe formant La Femme se sont rapidement imposés comme une évidence. Débarqués avec les singles Antitaxi et Sur La Planche, ils en ont fait des hymnes. Ils se sont taillés un nom avec leur 1er disque, Psycho Tropical Berlin (2013), avec lequel ils ont arpenté les routes de France et de Navarre. Après avoir présenté leurs nouveaux titres face à un Olympia plein à craquer au printemps, ils reviennent avec Mystère, disponible le 2 septembre. Le 27 janvier 2017, ils se produiront au Zénith de Paris.

La Femme n'est pas là pour nous faciliter la vie, mais pour la refléter. Avec ce nouveau disque, le groupe, mené par les 2 chanteurs principaux Marlon Magnée et Clémence Quélennec, allie absurde et tragique. Le disque se divise en 2 atmosphères : des chansons de rupture déchirantes aux questionnements universels, et des titres quasi sans queue ni tête, existant juste pour exister. Si la psychédélique Sphynx démarre l'album, Le Vide est ton nouveau prénom, qui lui succède, montre que l'insouciance ne sera pas au rendez-vous. 

Des chansons de rupture cruelles et universelles

L'une des caractéristiques que l'on apprécie le plus chez La Femme est sa capacité à écrire des paroles acérées comme un poignard, mais de les présenter sur un air badaud. Le Vide est ton nouveau prénom est une chanson de rupture terrible, livrée comme une poésie enfantine. Le contraste est diaboliquement efficace. Sur une guitare sèche presque bossa nova, avec des chœurs hantés, Clara Luciani chante : "Déjà fini, c'est dur d'y croire/Pourtant j'oublierai ton prénom/Ta personne est devenue du vide/Le vide est ton nouveau prénom (...) Tu sais, le vide ne reste pas longtemps/Car un jour, quelqu'un prendra la place de ton vide/Et j'en serai indifférente". 

Idem pour Elle ne t'aime pas, l'un des titres les plus réussi de l'album. Sur une mélodie beaucoup plus électro-rock, Marlon Magnée essaie de convaincre un ami (ou lui-même ?) d'arrêter de penser à cette fille qui lui a brisé le cœur. "Arrête de perdre ton temps/Y'en a tellement qui rêvent de toi/Elle t'a peut-être déjà aimé/Mais là, elle s'est lassée/Voilà/Car elle ne t'aime pas". Avec des mots simples, que chacun a potentiellement entendu ou prononcé au moins une fois dans sa vie, Elle ne t'aime pas peut résonner à l'oreille de tous. "On peut aussi dire 'Il ne t'aime pas'", avait d'ailleurs affirmé le chanteur à Rock en Seine en présentant la chanson. Tueurs de fleurs, aux synthés vintage, est plus subtile, évoquant ceux qui s'emparent du cœur de quelqu'un avant de le briser : "Tu oses dire que tu l'aimes/Mais tu lui arraches ses pétales/Alors dis-moi qu'est-ce qui ne va pas/Tu l'aimais pourtant pour ce qu'elle était/Séduisante, luisante, au parfum doré"

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Sur Mystère, La Femme chante l'amour perdu, celui qu'on pensait posséder et qui nous file entre les doigts du jour au lendemain. "Est-ce que toi aussi tu te demandes pourquoi/La vie est si compliquée/Surtout quand 2 personnes s'aiment/Et qu'ils semblent être bien ensemble/Ça paraît si facile/Alors comment ça se fait/Qu'à chaque fois ça finit en pleurs ?", se demande Marlon Magnée sur la joliment désuète Où va le monde, deuxième single officiel. Celui qu'on ne peut s'empêcher de tenter de repêcher, encore et encore, avant de réussir à en faire le deuil. Jusqu'à en être dégoûté. "Je ne veux plus gâcher ma vie avec des histoires qui finissent toujours en drame ou en cauchemar."

L'absurde tragique en bandouillière

Alors, pour oublier ses peines de cœur, La Femme part danser "sous acides" dans les bas-fonds parisiens. Comme une bouffée d'air polluée, S.S.D. amène ses lumières nocturnes au milieu du disque. Le groupe imagine se faire interpeller par une prostituée du quartier de Strasbourg-Saint-Denis, populaire et prisé des jeunes avec ses nombreux bars. Le titre est surréaliste, occupé en grosse partie par le monologue de cette femme qui semble lire en chacun comme dans un livre ouvert. Même là, l'insouciance n'est pas de mise. "Toujours les mêmes histoires, toujours les mêmes soirées", dit-elle, comme pour se moquer. Avec sa basse funk, S.S.D. est taillé pour la scène, et n'a d'ailleurs pas manqué de remuer les publics de l'Olympia et de Rock en Seine. On peut aussi compter sur l"incroyable SphynxTatiana et Always In The Sun - sans doute le titre le plus accessible du disque - pour se changer les idées.

Après avoir parlé du Blues de Françoise sur Psycho Tropical Berlin, La Femme décide de mettre le doigt sur une maladie insupportable : la Mycose. "J'ai mal/C'est grave/Ça me gêne/Ça m'obsède/Je veux qu'elle parte/Mycose/Il faudrait que tu t'en ailles", implore La Femme. Rarement un groupe aura réussi à faire remuer du bassin sur une chanson parlant de désagréments intimes.

Sur Mystère, tout ce qui constitue le quotidien peut faire office de chanson. Septembre revient sur le rituel traumatisant de la rentrée des classes, et le rattache à l'âge adulte. Cette angoisse nous quitte-t-elle un jour ? Pas vraiment, si on en croit La Femme, qui prédit des spleen toujours plus intenses et trouve son salut dans l'amitié. "Je suis toute excitée/À l'idée de rencontrer la fille qui partagera mon cœur et mes pensées/Celle qui me fera échapper/Au travail qui m'attend cette année".

Mystère se termine sur une enfilade de titres aux sonorités orientales (dont le réussi Al Warda), amenées un peu abruptement. Le groupe livre aussi un morceau planant, Vagues, dont les 13 minutes sont certes jolies mais assez superflues. Pas de quoi, pourtant, gâcher le Mystère.

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