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John Cale ressuscite The Velvet Underground à la Philharmonie de Paris

NOUS Y ÉTIONS - Le co-fondateur de The Velvet Underground a interprété en intégralité le fameux "disque à la banane", entouré d’invités de luxe, dont Étienne Daho, Peter Doherty, Carl Barât et Lou Doillon, dimanche 3 avril à la Philharmonie de Paris.

John Cale en concert au Roxy Club de Prague en 2013
John Cale en concert au Roxy Club de Prague en 2013
Crédit : Michal Dolezal/AP/SIPA
Sylvain Zimmermann
Sylvain Zimmermann

Si les chansons du Velvet Underground sont mondialement connues et ses pochettes gravées dans l’inconscient collectif, très peu de personnes peuvent se targuer d’avoir vu le groupe mythique au moins une fois sur scène. Réellement actif entre 1965 et 1970, le "Velvet" a donné très peu de concerts, essentiellement dans de petites salles des États-Unis, au cours d’une carrière éclair mais prolifique. 

En France, quelques rares privilégiés ont pu assister à des reformations ponctuelles et inespérées. Comme cette fameuse date au Bataclan, le 29 janvier 1972, qui a vu Lou Reed, John Cale et Nico réunis le temps d’un concert. Seize titres épurés, acoustiques, dont la captation a longtemps fait rêver les fans du groupe. D’autres ont pu assister à un show venu de nulle part, le 15 juin 1990, sur l’ancien site de la Fondation Cartier à Jouy-en-Josas. Invités dans le cadre d’une exposition consacrée à Andy Warhol, Lou Reed et John Cale s'étaient retrouvés sur scène pour jouer Songs for Drella devant un public ébahi, avant d’être rejoints par Sterling Morrison et Moe Tucker… 

Et puis, il y a eu cette série de concerts à l'Olympia en juin 1993, les premiers et derniers concerts officiels du Velvet en France. Le groupe a également fait la première partie de U2 cette année-là. Improbable.

John Cale a donc fait revivre le Velvet Underground une nouvelle fois ce dimanche 3 avril 2016 dans l’écrin de la Philharmonie, à Paris. Ou du moins sa musique. Co-fondateur du "Velvet" avec Lou Reed (disparu en 2013), le musicien de 74 ans a interprété en intégralité leur premier album culte, The Velvet Underground & Nico (le célèbre disque à la banane signée Andy Warhol) ainsi que plusieurs titres de leur second opus, White Light/White Heat. Pour l'occasion, John Cale s'est entouré de plusieurs invités prestigieux : Étienne Daho, Peter Doherty et Carl Barât des Libertines, Animal Collective, Lou Doillon, Nick Franglen (du groupe Lemon Jelly) ou encore Mark Lanegan.

John Cale entouré d'invités prestigieux

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Peu après 20h30, John Cale déboule sur scène le pas lent et... une banane à la main. Il est accompagné de son groupe et d'un quatuor à cordes. Les spectateurs fixent le chanteur à la chevelure blanche. Par quelle chanson débuter un concert aussi attendu ? Les premières notes de I'm Waiting For The Man résonnent dans la Philharmonie. Entrée en matière parfaite. La voix est grave sans essayer de singer celle de Lou Reed. En fond de scène, un immense écran projette des silhouettes fantomatiques dansant en rythme. Le ton est donné.  

Sur le deuxième titre, European Son, Carl Barât et Peter Doherty, rejoignent John Cale. Les Libertines font gronder leurs guitares, triturent le morceau. On reste subjugué par la maîtrise de l’ensemble. Pour cette création unique, les musiciens sont au diapason. Le titre est envoûtant, spectral. Une photo vintage de Lou Reed apparaît ensuite, pas très nette, comme une apparition furtive. John Cale reprend Lady Godiva’s Operation, puis All Tomorrow’s Parties avec Mark Lanegan, dont la voix de velours est un régal. Venus in Furs est également interprété. John Cale ne cherche pas à reproduire à l'identique les chansons de Velvet Underground & Nico. Il les propose d’ailleurs dans le désordre, à l’inverse des artistes qui reprennent leurs disques cultes sur scène de façon (trop) appliquée. Adepte de l’expérimentation, Cale revisite les titres, leur donne une autre couleur. 

Un show sombre et sans concession, résolument rock

Le son est rêche, brut de décoffrage. Vers 21h15, c’est au tour d’Étienne Daho d’entrer en scène. Le chanteur reprend I'll Be Your Mirror. On n’a pas l’habitude de l’entendre chanter en anglais. Le charme opère cependant. Un moment d’extrême douceur, intimiste, avant la tempête rock. John Cale face un pupitre se lance dans un long monologue : The Gift. Derrière des images d'écran brouillées. Le show est complexe, sans concession, brouille les pistes. On assiste plus à une performance qu’à un simple concert. There She Goes Again avec les trois membres d’Animal Collective apporte un peu de lumière. Leur prestation avec ses arrangements est jouissive, entrainante. John Cage reprend ensuite Sunday Morning dans une version douce comme une comptine qu'on chante aux enfants avant de les coucher, des trémolos dans la voix. Pleine de nostalgie. 


White Light White Meat nous replonge vite dans la fureur avec le mur un guitares - les Libertines sont de retour. On a du mal à ne pas taper du pied pour accompagner le riff de guitare. Lou Doillon arrive alors des coulisses pour chanter Femme Fatale. Et elle l’est dans son superbe costume noir. Dans son dos, les portraits de Nico et Lou Reed l’observent. Peut-être le plus beau moment du concert. Hypnotique, poétique, sensuel. Après un Run Run survolté, un personnage à la démarche peu assuré s’aventure devant la scène : Saul Williams littéralement habité reprend avec rage Heroin dans un une transe rock, sur fond de guitares torturées. Il gueule : "I Just Don't Know". Nous aussi, on ne sait pas trop ce qu’il se passe. 

Esprit du Velvet Underground es-tu là ?

Pour le grand final sur Sister Ray, tous les invités remontent sur scène. Derrière eux, une immense photo du Velvet Underground balayée par des lumières saturées. L’image est saisissante. Avant de quitter la scène, John Cale s’adresse enfin au public : "Merci Paris, on a passé un grand moment". Puis, lors d’un ultime salut, le musicien lance cet appel à la tolérance : "Paris, n'oublie pas, Paris n'oublie pas, si tu gardes le cœur ouvert, ce sera pour toujours". Ce soir, John Cale n’a pas seulement redonné vie aux chansons du Velvet Underground à la Philharmonie. Il a convoqué son esprit.

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