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Beck & Marjorie Hache
Crédit : RTL2
Alors que l'industrie musicale est souvent guidée par l'urgence, Beck a délibérément choisi de ralentir le rythme pour concevoir son nouvel album Ride Lonesome. Un temps de maturation qu'il justifie par un profond respect pour son public. Conscient que l'attention des auditeurs est aujourd'hui sur-sollicitée, le chanteur avoue une pointe de culpabilité face à cette longue absence, mais insiste sur sa volonté d'amener ses chansons à leur plein potentiel avant de les partager.
Ce nouvel disque, très atmosphérique et mélancolique, correspond d'ailleurs à ce qu'il écoute naturellement chez lui. Le titre de l'album évoque ces paysages arides des vieux westerns, métaphore assumée d'un voyage intérieur nécessaire. Comme il l'explique avec poésie : "Il y a certaines choses dans la vie qu'on doit tout simplement traverser seul". Un sentiment d'isolement magnifiquement illustré par le récent clip du single Run Away, porté par l'acteur japonais Tadanobu Asano, qui suit des trajectoires de vie parallèles dans le paysage urbain de Tokyo.
Si l'album évoque la solitude, sa conception s'est pourtant faite en excellente compagnie. Ride Lonesome marque les retrouvailles de Beck avec le producteur Nigel Godrich, avec qui il travaille depuis 1998, ainsi qu'avec les musiciens historiques des albums cultes Sea Change, Morning Phase et Mutations : Smokey Hormel, Joey Waronker, Justin Meldal-Johnsen, Roger Joseph Manning Jr. et Jason Falkner. Selon Beck, ces décennies d'amitié et de collaboration ont permis d'atteindre une "conversation plus profonde", générant un son beaucoup plus riche.
S'éloignant volontairement de la pop et de la musique électronique moderne qu'il juge "éphémères" et ancrées dans l'instant présent, Beck a voulu revenir à une approche purement "songwriter", à la lisière de la country et du folk. Très influencé par des artistes comme Neil Young, Joni Mitchell, Nick Drake ou encore Leonard Cohen, il a cherché à créer des morceaux dépouillés et personnels. Son but ? Inscrire sa musique non pas dans les modes ou le "temps de la culture", mais dans le "temps humain", afin que ses chansons puissent être écoutées avec la même émotion dans cinq ou vingt ans. L'artiste aura d'ailleurs l'occasion de défendre cette intemporalité sur scène lors de sa nouvelle tournée qui a débuté fin septembre au Santa Barbara Bowl.
Interrogé sur l'utilisation grandissante de l'Intelligence Artificielle, Beck se montre nuancé. Loin d'être un technophobe, lui qui utilisait déjà des ordinateurs et des logiciels numériques à ses débuts, bien avant que cela ne devienne la norme, il reconnaît l'aspect merveilleux de ces outils modernes qui rendent la production presque instantanée.
Cependant, il souligne que cette facilité supprime une composante essentielle de l'art : la vulnérabilité. Pour le musicien, la beauté de la création réside justement dans la difficulté de se retrouver dans une pièce avec d'autres musiciens, de capter l'instant présent et d'accepter les erreurs. Là où le numérique et l'autotune permettent de réaliser des milliers de prises pour atteindre la perfection, Beck préfère ce qui "révèle quelque chose d'humain", revendiquant l'imperfection comme le véritable cœur battant de sa musique.
L'interview a également été l'occasion de rappeler l'histoire d'amour qui lie Beck à la France, un pays où il a l'habitude de se produire, de l'Olympia aux festivals estivaux. Grand amateur de Françoise Hardy, il n'a cessé de collaborer avec la scène "french touch" au fil des décennies : Charlotte Gainsbourg, Air, M83, Phoenix, ou encore Daft Punk qu'il a connus dès les années 90.
Mais c'est en évoquant son propre passé que l'artiste s'est montré le plus vulnérable, revenant sur Loser, l'hymne de 1994 qui l'a propulsé au rang de star mondiale. Issu d'une famille d'artistes, un grand-père créateur, une mère liée à Andy Warhol, et lui-même attiré par le cinéma d'art et d'essai, Beck a longtemps souffert de l'image de "fainéant de banlieue" et de fumeur de joints que la chanson lui avait collée. Il avoue avoir passé des années à fuir et à saboter ce succès.
Avec le recul, il regrette de ne pas avoir embrassé ce personnage, réalisant que le titre avait su capturer l'essence de la culture américaine de l'époque. Comble de l'ironie, à l'ère du streaming actuel, Loser est redevenu sa chanson la plus écoutée. "Pour les jeunes, c’est la seule chanson qu’ils connaissent. Je suis à nouveau un artiste à succès unique", s'amuse-t-il, acceptant finalement que ce titre mythique ait transcendé son œuvre pour exister de manière totalement indépendante.
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