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Skip The Use dans Foudre sur RTL2 : "Le concert, c’est le meilleur réseau social"

Invités de Waxx dans Foudre sur RTL2, Mat Bastard et Enzo de Skip The Use sont revenus longuement sur l’histoire du groupe, leurs débuts à Lille, leurs références musicales, leur manière de composer et leur vision du live. Une conversation dense, entre souvenirs de scène, culture punk, goût du collectif et passion intacte pour la musique jouée, enregistrée ou vécue en concert.

Skip The Use & Waxx dans Foudre

Crédit : RTL2

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Bertrand Laidain

Au micro de Waxx, Mat Bastard replonge d’abord dans la naissance de Skip The Use. Le chanteur raconte une scène lilloise encore très vivante dans les années 1990, à une époque où il était plus simple de monter sur scène et de faire circuler sa musique. Il se souvient d’un environnement où tout le monde se connaissait vite, entre bars, salles et groupes locaux. Avant Skip The Use, Mat jouait dans Carving, un groupe punk hardcore, tandis que Yann évoluait dans un autre univers plus metal. C’est de cette proximité, de ces croisements et d’une envie commune de sortir de leurs cadres respectifs qu’est né le projet.

Mat Bastard explique qu’au départ, l’idée était simple : travailler avec quelqu’un d’autre, confronter ses idées, sortir de l’écriture solitaire. Une première collaboration s’est mise en place, puis l’évidence d’un nouveau groupe s’est imposée. Ni totalement punk, ni vraiment metal, Skip The Use s’est construit sur cette hybridation. Pour Mat Bastard, l’identité du groupe vient précisément de là : d’un mélange, d’une envie de collision entre plusieurs énergies et d’une liberté de ton qui existe depuis les débuts.

Enzo, lui, est arrivé plus tard dans l’aventure, en même temps que Nelson, il y a une dizaine d’années. Il rappelle que deux albums étaient déjà sortis avant leur arrivée, puis une pause avait marqué le parcours du groupe. Leur intégration s’est faite au moment du troisième album “officiel”, même si Mat nuance en rappelant qu’un disque était aussi sorti de manière plus indépendante auparavant.

Mais le lien entre Enzo et l’univers de Skip The Use remonte en réalité à bien plus loin. Mat Bastard raconte qu’il connaissait Enzo avant même qu’il ne joue dans le groupe, puisque le père du batteur travaillait déjà avec Carving. Très jeune, Enzo était déjà repéré pour son niveau à la batterie. Il avait monté son premier groupe à seulement 8 ans, jouant avec des musiciens plus âgés que lui. Une précocité qui amuse encore aujourd’hui les deux artistes, mais qui dit aussi quelque chose de leur parcours : chez Skip The Use, la musique est une affaire de scène, de transmission et de fidélité.

NoFX, Green Day, Sublime : les fondations

Au fil de l’entretien, Waxx relance Mat Bastard sur ses influences. Le chanteur cite NoFX comme un groupe essentiel dans sa construction. Il explique que cette musique lui a offert une manière de canaliser la rage adolescente, de transformer les questions, les frustrations et les colères en chansons. Il insiste aussi sur un point : NoFX permettait de parler de sujets sérieux sans se prendre au sérieux, avec humour, entre amis, dans une énergie collective qui l’a profondément marqué.

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Mat Bastard cite aussi Sublime, comme un autre choc fondateur, tandis qu’Enzo évoque de son côté Green Day, et plus particulièrement American Idiot, comme un disque décisif. Pour lui, cet album a représenté une révélation sonore, esthétique et énergétique. Il y voit la découverte d’un groupe capable de tout emporter, avec une puissance immédiate et une vraie identité. Les deux musiciens s’accordent sur l’importance de Green Day, non seulement pour ses chansons, mais aussi pour ce que le groupe a représenté dans l’histoire du rock : la possibilité de faire entrer une culture punk dans un espace beaucoup plus grand public.

"Changer les choses de l’intérieur"

Pour Mat Bastard Green Day a changé beaucoup de choses pour sa génération. Là où de nombreux groupes punk ou alternatifs restaient dans une logique très indépendante, Green Day a assumé une exposition maximale, sur MTV notamment, sans renoncer à son énergie ni à son propos. Cette stratégie a été une leçon : on peut utiliser une grande plateforme pour faire passer un message.

Il résume cette idée en une formule claire : "si tu veux vraiment changer les choses, il faut changer les choses de l’intérieur". Une philosophie qu’il dit avoir aussi appliquée avec Skip The Use. Derrière cette phrase, il y a une vision du groupe comme espace de création, mais aussi comme outil de diffusion, capable de toucher largement sans perdre son identité.

Composer à plusieurs, apprendre des autres

L’entretien permet aussi de comprendre comment Skip The Use travaille aujourd’hui. Mat Bastard raconte qu’au départ, le noyau créatif reposait surtout sur lui et Yann. Puis l’arrivée d’Enzo et des autres membres, combinée à son expérience de producteur aux États-Unis, a fait évoluer la méthode. Il explique avoir passé dix ans là-bas, dans une culture du travail collectif où chacun apporte une compétence précise. Cette manière de faire l’a profondément marqué.

De retour en France, il a voulu injecter cette logique dans Skip The Use. Désormais, les morceaux peuvent naître de façons très différentes : d’une production lancée par Mat, d’une maquette plus construite apportée par Enzo, ou d’allers-retours très poussés entre plusieurs versions d’un même projet. Le groupe travaille dans l’échange, le ping-pong d’idées, les corrections successives. Mat Bastard insiste aussi sur l’importance des collaborateurs extérieurs, qu’il s’agisse de producteurs ou de mixeurs, qui permettent au groupe d’aller plus loin une fois arrivé au bout de ses propres ressources.

Le live, terrain central pour Skip The Use

À l’approche de leur concert au Zénith de Paris le 5 décembre, Waxx interroge ses invités sur leur rapport à la scène. Mat Bastard répond avec franchise : pour lui, le live reste un espace irremplaçable, même à l’heure des réseaux sociaux. Il regrette que certains projets misent davantage sur l’image, les écrans ou les dispositifs visuels que sur la performance elle-même. Selon lui, la scène demande un vrai travail, une singularité, une intensité que rien ne remplace.

Sa formule résume parfaitement sa pensée : « le concert, c’est le meilleur réseau social ». Il y voit un lieu de rencontre réel, d’expérience partagée, de circulation directe entre artistes et public. Enzo complète cette réflexion en regrettant la standardisation de certains shows, conçus comme des spectacles identiques d’une ville à l’autre. À ses yeux, un concert doit rester un moment unique, vivant, différent selon le lieu, le soir, l’énergie. C’est cette part d’imprévu et de vérité qu’il recherche, comme musicien autant que comme spectateur.

Les coups de cœur et les écoutes du moment

Interrogés sur leurs goûts actuels, les deux musiciens répondent différemment. Mat Bastard explique qu’il essaie de ne pas trop s’influencer lorsqu’il crée, même si son émission Bastard Songs sur RTL2 l’oblige à écouter beaucoup de nouveautés. Enzo, lui, dit écouter beaucoup de musique, mais pas forcément les sorties les plus récentes. Il aime aussi replonger dans des œuvres déjà connues, ou redécouvrir des classiques qu’il n’avait pas encore vraiment explorés.

Parmi ses redécouvertes récentes, il cite Blur, au-delà du seul tube Song 2. Il évoque la richesse du groupe britannique, son énergie et la qualité de ses chansons. Plus tard dans l’émission, au moment de la carte blanche, Enzo choisit aussi de mettre en avant MDNS, qu’il présente comme un artiste punk rare, sensible et ouvert, capable d’aller chercher des émotions fortes dans ses textes comme dans ses mélodies.

Deux sessions acoustiques inédites

Comme le veut le principe de l’émission, Skip The Use a aussi joué en acoustique avec Waxx. Le groupe a d’abord proposé une version inédite de We Are Good, revisitée dans une couleur country. En fin d’émission, Mat Bastard et son groupe ont également repris Black Friday de Tom Odell, un morceau que Mat dit admirer pour la qualité de son écriture et sa justesse émotionnelle.

La playlist de Skip The Use
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