1. Accueil
  2. Évènements
  3. Placebo : 20 ans d'un groupe au glam-rock dérangé
7 min de lecture

Placebo : 20 ans d'un groupe au glam-rock dérangé

STORY - Le trio britannique a marqué le mouvement glam-rock de la fin des années 90. À l'aube de son 20e anniversaire, son influence se ressent encore à ce jour.

Le premier album éponyme de Placebo est sorti en 1996.
Le premier album éponyme de Placebo est sorti en 1996.
Crédit : facebook.com/officialplacebo

Placebo continue à faire effet. Même 20 ans après la sortie de leur premier album éponyme est sorti en juin 1996. Depuis, le groupe a écoulé plus de 11 millions de disques à travers le monde. Pour marquer cet anniversaire le trio, devenu duo, a annoncé sur son site officiel qu'il lançait une rétrospective de deux ans, menant jusqu'en 2016. Leurs fans sont encouragés à utiliser le mot-dièse ("hashtag") #Placebo20 pour partager leurs souvenirs liés à la formation menée par Brian Molko.  

Placebo a lancé officiellement les festivités en mettant toute sa discographie sur les plateformes de streaming début mars. Par ailleurs, leurs albums vont sortir en version remasterisée, en format vinyle haute qualité, de 180 grammes. Ils ressortiront par ordre chronologique, à partir du Record Store Day, le 18 avril. D'autres événements spéciaux et des archives inédites seront révélés par le groupe. Placebo se produira par ailleurs au festival Europavox, à Clermont-Ferrand, le 24 mai. 

Retrouvailles dans le métro londonien

Placebo naît en 1996 à Londres, sous l'impulsion de Brian Molko (chant, guitare) et Stefan Olsdal (basse), originaire de Suède. Si une bonne vingtaine de centimètres les séparent, ils ont partagé sans le savoir le même ennui au sein d'un collège et lycée privé américain, niché au Luxembourg. "Nous considérons que ce pays, où nous avons vécu entre nos 8 et 15 ans, est notre maison", explique Olsdal dans une interview donnée en 2008 à MTV. "À cette époque, il n'y avait pas beaucoup d'endroits où aller, comme des clubs, bars ou cafés. Aucun groupe de musique ne passait par le Luxembourg. [...] Ça craignait pour des gens de notre âge, donc a essayé d'en partir dès qu'on a pu."
L'histoire est bien connue des fans : leurs routes se croisent à nouveau dans le métro londonien. Molko remarque le sac à guitare d'Olsdal, et lui propose de venir le voir se produire dans un bar. Une fois fait, ce dernier lui suggère de monter un groupe : Ashtray Heart. Quelques mois plus tard, ils engagent Robert Schultzberg à la batterie, avant de le remplacer par Steve Hewitt en 1996. Ils se renomment Placebo, pour la signification latine du mot : "Je ferai plaisir".  

Le rejet du Royaume-Uni

L'une de leurs premières décisions est de rejeter le courant de la brit-pop, alors très populaire au Royaume-Uni avec Oasis et Blur. "Pour commencer, nous ne sommes pas Britanniques. Nous n'avons pas grandi ici, donc nous ne partageons pas le même vocabulaire [...] y compris musical", affirme un jeune Brian Molko aux yeux cernés d'eye-liner auprès du magazine spécialisé NME, en 1996. Il ne lâchera pas cette vision des choses : "Dans ce pays, il y a tout un courant musical bête. Oasis, Travis, Stereophonics font de la musique qui ne représente pas grand chose. [...] ", balaie-t-il dans une interview donnée en 2000.

À lire aussi

Côté musique, Molko cite surtout des inspirations essentiellement américaines : "Avec nous, tout n'est que post-punk et musique à guitare inspirée de la new-wave, mélangée à la poésie de Patti Smith, des trucs comme Depeche Mode ou encore plus sombres, comme Joy Division." Leur volonté d'émancipation de la scène britannique ne leur est pas reprochée, puisque leur premier album, qui porte leur nom, grimpe à la cinquième place des ventes de disques au Royaume-Uni. 

Les membres de Placebo sympathisent avec David Bowie, une de leurs idoles, dont ils assurent quelques premières parties. Le chanteur les invite à la fête d'anniversaire donnée pour ses 50 ans, au Madison Square Garden de New-York. Ils rencontrent à cette occasion certains des plus grands représentants du rock alternatif :  Kim Gordon de Sonic YouthBilly Corgan des Smashing Pumpkins, Robert Smith de The Cure, et Lou Reed. Des artistes tenus en admiration par Brian Molko et ses compères. Le photographe Kevin Mazur immortalise en coulisses cette réunion au sommet : 

David Bowie bien entouré pour ses 50 ans
David Bowie bien entouré pour ses 50 ans
Crédit : Pete Hurst

Par la suite, Placebo et David Bowie collaborent sur le titre Without You I'm Nothing

Confusion des genres

Dans Protect Me, Brian Molko parle du sexe comme d'un besoin compulsif, et évoque en filigrane le Sida. Le chanteur est bisexuel, tandis que Stefan Olsdal est homosexuel, et les deux hommes ont décidé dès leurs débuts de développer une image androgyne assumée autour de Placebo : "C'est marrant de créer un peu de mystère autour de soi. Mais on ne peut pas mettre en avant quelque chose qui n'est pas vrai. J'ai vraiment une part féminine en moi, elle fait vraiment partie de ma personnalité", raconte Molko à NME dès 1996. 

J'ai vraiment une part féminine en moi, elle fait vraiment partie de ma personnalité.

Brian Molko

Le groupe embrasse ses particularités pour en faire une force. "Brian Molko et moi avons été victimes d'attaques homophobes, aussi bien physiques que verbales", explique le bassiste à MTV News. "Le fait d'être dans un groupe donne le droit d'agir, de s'habiller et de faire de la musique comme on le veut, parce qu'on jouit d'une liberté totale. Nous nous en sommes beaucoup servi, surtout au début de l'histoire du groupe, notamment dans la manière de nous habiller. Beaucoup de gens pensaient que Brian était une fille, par exemple." 

Au-delà de son look gothique élégant, le chanteur mêle aussi ses identités et préférences sexuelles dans ses chansons d'amour. Certaines sont dédiées à des hommes, comme Taste In Men, parue sur l'album Black Market Music (2000), le troisième de Placebo. 

Héritiers du romantisme noir

Tel un capitaine sur son navire, Brian Molko sait parfaitement où il veut mener Placebo. "Nous essayons de créer une connexion émotionnelle avec l'auditeur. Essentiellement, nous essayons de dire quelque chose à propos de la condition humaine, de l'humanité", affirme le chanteur et guitariste en 2000. 

En adéquation avec les groupes et artistes qu'il vénère, Brian Molko déploie une musique sombre et torturée, revenant aux fondamentaux du rock. La guitare est saturée, la basse ronflante, et la batterie martelée. En y ajoutant son look androgyne, Molko permet à Placebo d'incarner un bel héritage du glam rock, courant musical dont le chef de file fut... David Bowie. Placebo a signé de nombreux tubes illustrant ce mouvement musical, comme Protect Me, tiré de leur quatrième disque, Sleeping With Ghosts (2003). 

La drogue, les complications

"Sans hésitation/Sans attendre/Tu montes en moi/Comme la Special K" ("No hesitation/No delay/You come on/Just like Special K"), affirme Brian Molko dans Special K. Le chanteur y fait l'analogie entre amour et drogues, Special K étant un surnom donné à la kétamine. Cette comparaison est l'une des caractéristiques principales de l'écriture de Brian Molko

Dans de nombreuses chansons, le recours aux stupéfiants est le moyen idéal pour s'évader. L'un des exemples les plus frappants est donc Special K, issu de Black Market Music (2000) : "[Ce titre] compare l'euphorie de la rencontre amoureuse avec celle de la découverte d'une drogue", détaille Molko dans une interview au magazine Melody Maker en 2000. "L'album renvoie au concept d'addiction, que ce soit envers les gens, les émotions, les substances ou certaines situations."

L'euphorie avec "Sleeping With Ghosts"

C'est d'ailleurs avec The Bitter End, chanson parlant d'une rupture chaotique, que Placebo obtient son plus grand tube. Extrait de l'album Sleeping With Ghosts (2003), c'est le titre le plus populaire du groupe. Pour l'écrire, Brian Molko s'est inspiré de l'histoire d'amour entre Winston et Julia, les deux personnages principaux de 1984, le roman phare de George Orwell. 

Porté par ce single, Sleeping With Ghosts s'écoule à plus de 1,4 million d'exemplaires dans le monde. Placebo est alors au sommet de sa gloire, et se produit pour la première fois au stade de Wembley à Londres. Le groupe sort son premier DVD live, enregistré à Paris : Soulmates Never Die, et son premier best-of, Once More with Feeling : 1996-2004.

Porté par cet élan, Placebo dévoile l'album Meds en 2006. Plus pop que les précédents, il se classe numéro 1 des ventes de disques en France
Autre changement important pour Placebo : le batteur Steve Hewitt quitte le groupe en 2007, après plus d'une décennie derrière les fûts. Molko ne peut alors s'empêcher de filer la métaphore amoureuse, dans un communiqué posté sur le site officiel du trio : "Faire partie d'un groupe équivaut à être marié, et dans les couples - dans ce cas, trouple - les gens peuvent grandir de manière différente. [...] On arrive parfois à un point où on veut des choses différentes, où on ne peut plus vivre sous le même toit." Steve Hewitt est remplacé par le jeune Steve Forrest, lui-même parti début 2015.  

De nouvelles envies

Les années suivantes, Placebo semble vouloir effacer son image de groupe taciturne. Les albums Battle For The Sun (2009) et Loud Like Love (2013) se différencient avec des titres pleins d'espoir, comme le single Battle For The Sun. Son premier couplet dit : "Je me battrai pour le soleil/Et rien ne m'arrêtera jusqu'à ce que j'y parvienne/Tu te mets en travers de mon chemin/Et je n'ai plus rien d'autre à dire".  

Pour incarner ce changement de mentalité, le trio a recours à de nouveaux instruments, notamment des cuivres et des violons. De quoi l'éloigner un peu plus de son étiquette glam rock. Pourtant, de nombreux jeunes groupes se revendiquent de l'identité originelle de Placebo. La plupart d'entre eux sont issus du mouvement emo, apparu au milieu des années 2000, comme My Chemical Romance et Adam Lambert

Un public dévoué

Malgré ces changements de direction, les fans restent fidèles à Placebo. Pour les 40 ans de Brian Molko, en 2012, ils s'organisent sur sept continents autour de la campagne #MolkoFourOh. Le but ? Créer des affiches rendant hommage au chanteur, avec le slogan "Molko Y'know ?", postées d'abord sur les réseaux sociaux, puis affichées dans la rue. Ils lui écrivent une lettre digitale interactive résumant leur action, qui a donné lieu à plus de 2.000 photos à travers 56 pays.

"Mes fans ont apprécié mon anniversaire plus que moi. Mais j'ai été très touché de voir tout l'effort qu'ils y ont mis. Cela m'a fait sentir moins seul, tout comme j'espère que notre musique les aide à se sentir moins seuls", a déclaré Molko au quotidien italien La Repubblica, en septembre 2013.

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire