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"La musique, c’est presque un personnage principal" : Nora Felder raconte les coulisses de "Stranger Things" dans Bastard Songs

Invitée exceptionnelle de Bastard Songs sur RTL2, Nora Felder, la superviseuse musicale de la série télévisée "Stranger Things", s’est confiée à Mat Bastard sur son parcours, ses choix et la manière dont la musique est devenue l’âme de la série culte. De The Clash à Kate Bush, elle dévoile les secrets d’une bande-son qui a marqué toute une génération.

Nora Felder, Mat Bastard & Anthéa dans Bastard Songs

Crédit : RTL2

Bertrand Laidain

C’est un événement rare dans Bastard Songs. L’émission dominicale de Mat Bastard, consacrée d’ordinaire à la scène indé et alternative, a accueilli pour la première fois une invitée : Nora Felder, la superviseuse musicale de la série télévisée américaine Stranger Things. Récompensée aux Emmy Awards et plusieurs fois nommée aux Grammy Awards, elle est l’une des femmes les plus influentes de son domaine. Son travail sur la série phénomène des Duffer Brothers a contribué à redonner vie à des classiques des années 80, devenus cultes pour une nouvelle génération.

Nora Felder raconte d’abord son parcours, commencé à New York, dans le Lower East Side. "J’ai travaillé dans un club où je pouvais booker des artistes, puis en studio comme productrice avec des talents émergents et des grands noms." Cette immersion dans la création musicale lui permet de développer une approche instinctive, fondée sur la rencontre et l’écoute. "J’ai appris ce métier sur le tas. Mêler la musique à l’image, c’était intrigant. Je me suis demandé si moi je pouvais faire ça." Après son installation à Los Angeles, elle découvre le métier de superviseuse musicale et se lance, un projet après l’autre, jusqu’à fonder sa propre société.

Son instinct, justement, guide encore chacun de ses choix. "Je n’ai pas de boule de cristal, je fais confiance à mon instinct et ensuite on voit si ça fonctionne." C’est ce qu’elle a fait sur Stranger Things dès la saison 1 avec Should I Stay or Should I Go de The Clash, chanson devenue emblématique de la série. "Ce morceau a vraiment permis de mettre en avant la relation entre Jonathan et son petit frère Will. La musique était leur lien. Et ça a dit à l’audience que la musique allait être une grosse partie du show. C’est presque un personnage principal."

Depuis, chaque saison a eu sa couleur sonore, pensée en étroite collaboration avec les créateurs du show. "Les Duffer Brothers sont très impliqués dans tous les aspects de la série. Leur temps est limité mais ils regardent chaque détail. J’ai collaboré avec eux à chaque moment qu’ils pouvaient m’accorder. Ils sont très intenses, très talentueux, et j’ai adoré travailler avec eux. » Ensemble, ils ont façonné des séquences marquantes comme celle de Wango Tango de Ted Nugent dans la saison 2, utilisée pour traduire l’énergie imprévisible du personnage de Billy, ou encore We’ll Meet Again de Vera Lynn dans la saison 3, qui accompagnait une scène "terrifiante" au cœur du centre commercial.

Mais c’est dans la saison 4 qu’un titre a bouleversé la culture populaire. Running Up That Hill de Kate Bush est devenu un phénomène mondial, près de quarante ans après sa sortie. "J’ai failli ne pas la mettre car je me suis dit que tout le monde la connaissait", raconte Nora Felder. "Puis je me suis rétractée. C’était un phénomène culturel à l’époque et ce serait presque bizarre de ne pas la mettre dans ce show." Le morceau, lié à l’histoire du personnage de Max, symbolise sa douleur et sa résilience. "Elle utilisait la musique pour disparaître et pour surmonter sa douleur. Cette chanson amplifiait ce qu’elle ressentait."

Le choix de ce titre s’est imposé comme une évidence. "D’habitude, j’envoie plusieurs propositions aux Duffer Brothers, mais là, j’en ai envoyé une seule. Et ils ont dit : c’est celle-là." Le résultat, un moment d’émotion pure et une redécouverte planétaire du titre de Kate Bush. "L’impact que ça a eu, on ne pouvait pas s’y attendre. C’était une licorne. Improbable, et pourtant, ça s’est produit."

La playlist de Nora Felder
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