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DÉCRYPTAGE - MUSE : leurs titres d'albums dissimulent leurs obsessions

Le trio originaire britannique vient d'annoncer que son septième disque, qui devrait sortir en 2015, s'intitulera "Drones".

Matthew Bellamy, le guitariste et chanteur de Muse
Matthew Bellamy, le guitariste et chanteur de Muse
Crédit : THOMAS SAMSON / AFP

Drones, voilà comment s'intitule le prochain album de Muse, trio composé de Matthew Bellamy (chant, guitare, piano), Dominic Howard (batterie) et Christopher Wolstenholme (basse), qui devrait sortir courant 2015. Après The 2nd Law (2012), The Resistance (2009), ou encore, Black Holes and Revelations (2006), le groupe originaire de Teignmouth enchaîne les titres d'albums énigmatiques. Ils sont tirés de l'imaginaire politisé et fructueux de son leader Bellamy, passionné par l'univers de George Orwell, mais aussi par les enjeux sécuritaires et écologiques, saupoudrés de questionnements religieux. Enquête. 

L'obsession de la guerre

Matthew Bellamy n'a pas encore justifié le choix de Drones comme titre du prochain disque de Muse. Cependant, il a révélé certains thèmes qui y seront traités : "L'écologie profonde, le manque d'empathie et la Troisième Guerre Mondiale", dans une séance de questions/réponses avec ses fans, sur Twitter, en septembre dernier.

Choisir Drones pour titre lui permet de mettre le doigt sur l'un des enjeux internationaux actuels en matière de sécurité et de haute technologie militaire. L'armée américaine a en effet beaucoup eu recours à ces petits engins volants pour ses guerres en Afghanistan et en Irak. Leur utilisation a été critiquée dans un rapport rédigé par d'anciens hauts responsables américains, qui craignent "une pente glissante aboutissant à des guerres continuelles ou plus importantes". Dans l'imaginaire de Matthew Bellamy, les drones pourraient donc tout à fait être les instruments principaux d'une Troisième Guerre Mondiale. 

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Son imagination est d'ailleurs à l'origine du titre du quatrième album de Muse : Black Holes and Revelations. "Une révélation à propos de soi, quelque chose de personnel et relevant de la vie de tous les jours, à laquelle tout le monde peut peut-être s'identifier. Quant aux trous noirs, ce sont les chansons provenant de... régions plus reculées de mon imagination", avait-il expliqué à Q magazine en septembre 2006.

L'album s'intéressait déjà à l'idée d'un nouveau conflit mondial, avant Drones : "L'un des thèmes de l'album est la connexion entre les cycles de l'Histoire où la tension s'accumule puis éclate, que ce soit de manière catastrophique comme dans une guerre nucléaire, ou avec l'arrivée d'extra-terrestres. En tout cas, j'ai l'impression que quelque chose d'énorme est sur le point d'arriver", avait expliqué Matthew Bellamy au NME, en 2006. Le titre Knights of Cydonia imagine par exemple une guerre entre des aliens et des cow-boys, pour donner un clip délirant :

L'apocalypse comme issue fatale

Cette conviction que "quelque chose d'énorme va se produire" est fréquente dans la discographie de MUSE, qui la relie à l'idée d'apocalypse. Les quatre hommes de la pochette de Black Holes and Revelations représentent les cavaliers de l'apocalypse, par exemple. Absolution (2003), le troisième album du trio, s'articule autour de cette idée de fin du monde, et y ajoute l'envie de rédemption. D'où son titre religieux. Sur Thoughts of A Dying Atheist, Bellamy se met ainsi dans la peau d'un athée sur le point de mourir. 

La pochette d'Absolution, créée elle aussi par Storm Thorgerson, montre un homme regardant vers le ciel, dans un désert. Autour de lui se trouvent de nombreuses ombres symbolisant des personnes en train de voler. Le groupe a laissé chacun libre de les imaginer en train de quitter la Terre, ou d'y arriver. 

Notre place dans l'Univers

La religion est donc l'un des centres d'intérêt et d'inspiration de Muse, même si Bellamy est un athée convaincu. Le deuxième album du trio, Origin of Symmetry (2001), croise les questions concernant l'au-delà avec la science. Le disque tient son titre d'une théorie formulée par le physicien théorique américain Michio Kaku, résumée dans son ouvrage Hyperspace (1994). 

"Le nom de l'album vient d'un livre qui parle de la géométrie de l'univers et de la manière dont il forme un équilibre magnifique, une chose parfaite en 10 dimensions", avait expliqué Bellamy dans une interview donnée à Rocksound en juillet 2001, "[Le livre] détaille toutes les forces mystérieuses autour desquelles nous avons inventé les religions. Tout le monde a déjà écrit sur l'origine de la vie, alors on commence à s'intéresser à l'origine de la symétrie. Il y a une certaine propension de l'univers à la stabilité, et en trouver l'origine reviendrait à savoir si Dieu existe."

L'engagement écologique

Si Dieu a peut-être créé l'Univers, et donc la Terre, symétrique, il ne l'a en tout cas pas dotée de ressources infinies. Le sixième album de MuseThe 2nd Law (2012), est consacré à cet enjeu. Le sixième album de Muse, The 2nd Law (2012), est consacré à cet enjeu. Son titre fait référence au "second principe thermo-dynamique", résumé dans le morceau The 2nd Law : Unsustainable. Une voix de présentatrice de journal télévisé annonce que toutes les réserves d'énergie ont été "épuisées, gaspillées", et conclut : "Une économie basée sur une croissance infinie n'est pas viable".  

En nommant ce disque The 2nd Law, qui prône Muse fait part de sa position pour une croissance ralentie, afin de préserver les ressources naturelles de la Terre.

"Big Brother" est réel

Muse croit donc aux extra-terrestres, à l'imminence d'une catastrophe pouvant mener à l'apocalypse, mais aussi... aux théories du "Big Brother". Matthew Bellamy s'est toujours présenté comme un fan de George Orwell, et de son roman le plus connu : 1984, décrivant une société futuriste soumise à une surveillance permanente et étroite par un pouvoir totalitaire. Le cinquième album du trio, The Resistance (2009), en est directement inspiré. Son titre fait référence aux deux personnages principaux, Winston Smith et Julia, liés par leur histoire d'amour au milieu de la tyrannie. La chanson éponyme clame ainsi au refrain : "L'amour est notre résistance/Ils nous sépareront/Mais ne nous détruiront pas".

Muse va plus loin que reprendre les thèmes de 1984 : il pousse l'auditeur à agir. Le refrain du single Uprising dit : "Ils ne nous forceront pas/Ils arrêteront de nous dégrader/Ils ne nous contrôleront pas/Nous serons victorieux". "Ils" faisant référence aux instances dirigeantes, mais aussi, aux corporations.

"Le récent scandale à propos des dépenses des parlementaires amène les gens à ne plus aimer le gouvernement", affirmait Bellamy au moment de la sortie de The Resistance, "Il y a une résistance contre le gouvernement", concluait-il. En 2009, le Guardian a en effet révélé que de nombreux députés britanniques se faisaient rembourser des frais faramineux, qui étaient en grande partie des dépenses d'ordre privé.

Avant The Resistance, la tournée HAARP Tour, déclinée en CD et DVD live éponymes, renvoyait aux théories du complot et à l'idée d'un pouvoir corrompu. Le HAARP était un projet de recherche scientifique et militaire américain, situé en Alaska, qui cherchait à déterminer les impacts des changements climatiques sur les télé-communications et le transport d'électricité. Financé par l'US Air Force et la Marine américaine, il s'est arrêté en 2013, faute de moyens budgétaires.

Il n'en fallait pas plus pour que Matthew Bellamy s'intéresse aux théories du complot planant autour du HAARP. "Personne ne sait ce qu'il s'y passe. Certains pensent que [le HAARP] sert à exploiter l'iosphère pour contrôler la météo. D'autres pensent qu'il permet de diffuser des messages aux extra-terrestres, ou d'envoyer des micro-ondes pour contrôler nos pensées", avait déclaré le chanteur au magazine musical Q, en novembre 2006. Muse a essayé de recréer l'atmosphère du site de recherches, décrite comme "vraiment cool" par Bellamy, en installant un pylône terminant sur une parabole de chaque côté de la scène.

La vanité

Le premier album de MuseShowbiz (1999), doit son titre à la fascination mêlée de rejet de Bellamy à propos du monde des célébrités. Après ce disque, le groupe s'est définitivement détourné du nombrilisme de la sphère médiatique, pour trouver l'inspiration dans des thèmes bien plus larges et universels.

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