4 min de lecture Musique

Dave Gahan (Depeche Mode) : "J’aime quand les disques ne sont pas faciles à écouter"

RENCONTRE - Quelques moments avant le Concert Très Très Privé RTL2 de Depeche Mode, Mathilde Courjeau a rencontré Dave Gahan pour une interview dans #LeDriveRTL2.

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Dave Gahan (Depeche Mode) : "J'aime quand les disques ne sont pas faciles à écouter" Crédit Image : RTL2 | Crédit Média : RTL2.fr | Durée : | Date :
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Eric Jean Jean
Eric Jean Jean avec Mathilde Courjeau et Bertrand Laidain

Depeche Mode, le pilier de la synthpop, vient de publier Spirit son quatorzième album. Dave Gahan, Martin L. Gore et Andrew Fletcher signent un disque exigeant, politique, passionnant, qui explore les âmes tourmentées. Avant de se lancer dans leur tournée mondiale, le mythique groupe de Basildon fait un arrêt à Paris pour donner un Concert Très Très Privé RTL2. Mathilde Courjeau a interviewé Dave Gahan dans #LeDriveRTL2, un entretien passionnant où l'on a parlé du dernier album bien sûr mais aussi de politique.

Comment est né le morceau Where's The Revolution ?
Martin (Gore) a écrit le morceau, les morceaux de l'album ont été écrits il y a bien un an et demi. Et tous les deux quand nous avons écrit nous étions conscients de ce qui se passait autour de nous. On parlait beaucoup de révolution, particulièrement en Amérique, Bernie Sanders se présentait aux élections et parlait constamment de révolution. Et on parlait beaucoup du Brexit quand nous avons enregistré ces chansons à Santa Barbara en Californie, avec James Ford notre producteur qui est anglais et Jimmy Robertson notre ingénieur du son qui est aussi anglais, on se demandait ce qui allait se passer avec le Brexit, je vis aux Etats-Unis maintenant depuis 26 ans et Martin vit en Californie. Nous n'étions pas vraiment concernés par ce qui se passait en Angleterre mais eux oui. 

Quand on réagit parce que l'on a peur on prend des mauvaises décisions.

Dave Gahan - Depeche Mode
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Et j'ai réalisé que même certains de mes amis ou des membres de ma famille voulaient le Brexit, pourquoi ? La plupart des gens ne peuvent pas répondre à cette question. Parce qu'ils ont peur, voilà pourquoi ! C'est ce qu'on leur a dit, et ce qu'on leur a dit n'est pas forcément véridique... Et quand les gens commencent à avoir peur, ils réagissent et parfois quand on réagit parce que l'on a peur on prend des mauvaises décisions, c'est mon expérience... Toutes les fois où j'ai eu peur dans ma vie j'ai pris de mauvaises décisions. 

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Est-ce que vous avez douté à un moment ? De monter sur scène et de chanter la "révolution" ?
Une des premières pensées qui m'est venue quand j'ai entendu le morceau, quand Martin m'a joué une démo du titre, j'au vu qu'il était vraiment passionné et je me suis qu'il fallait que je sois vraiment de la partie... ou pas. C'était la question que je me suis posé, est-ce que je peux vraiment assumer, est ce que je pouvais être la personne qui chante Street Fighting Man des Rolling Stones, des chansons comme celles là... Car c'est moi qui chante... Et ce n'est pas un disque solo, on a donc beaucoup parlé en privé, et la désillusion causée par la politique et les politiciens s'est frayé un chemin dans ce disque. Et l'astuce c'est d'en faire un disque de Depeche Mode !

La désillusion causée par la politique et les politiciens s'est frayé un chemin dans ce disque.

Dave Gahan
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Et c'est là où James Ford, le producteur, est entré en jeu ?
Absolument et il a essayé de produire 11 ou 12 chansons qui fonctionnaient les unes avec les autres dans un album, et qui te font également voyager... Au tout début on a travaillé sur Going Backwards qui est le titre qui donne le ton de l'album. Et très tôt, c'était clair pour moi que cela devait être le premier titre de l'album. Dès le premier titre on te dit qu'on va à reculons ("Going Backwards") et là on a une histoire qui te raconte pourquoi on va à reculons...

La pochette de "Spirit", quatorzième album de Depeche Mode
La pochette de "Spirit", quatorzième album de Depeche Mode Crédit : Sony Music / Columbia

Si Spirit est un album très engagé et qui parle énormément de la situation du monde, quel citoyen êtes-vous ?
Je suis une personne très compulsive, si je pense à quelque chose que je voudrais faire, généralement, je le fait ! Et après les autres doivent assumer les conséquences, ce qui se passe ici c’est que tout le monde doit subir les conséquences des décisions, le nombre de personne en Angleterre qui voulait sortir de l’Union et celui qui voulait rester était clairement très proche. Et si tu demandes à ces personnes pourquoi elle voulaient partir, elle n’étaient pas très bien informés, ça me fait penser à une scène que j’ai vu à la télévision où l’on demandait à des personnes dans la rue "Savez-vous où est l’Union Européenne ?" Elles ne pouvaient pas répondre… "Avez-vous voté pour le Brexit ? Oui ! Pourquoi ? Parce que mon ami a dit…" C’était ce qui se passait en général. 

Cela a un lien avec les réseaux sociaux finalement ?
Oui, tu lis seulement le titre, tu ne vérifies pas la source… Tu prends tout pour argent comptant… Jimmy, un de mes fils me dit toujours qu’on ne peut pas toujours vérifier les sources. Il m’a abonné à The Atlantic, tu as les mêmes histoires mais avec une perspective différente… Et c’est bien, de lire deux histoires très similaires mais avec des perspectives différentes… Mais pas avec une perspective ridicule ! Et cela devient plus fou de jour en jour… On vit une époque où l’on va se rapprocher car actuellement on est dans l’extrême.


Spirit est un disque très riche dans les paroles, c’est un appel à la révolution, mais il y aussi une production du son très et c’est dû à James Ford qui était votre premier choix grâce à votre fille…
James Ford était en tête de ma liste de producteurs, ma fille Stella Rose est une grande fan de Florence and the Machine, je l’entendais donc souvent et je me disais que le son était vraiment puissant et je pouvait quand même entendre clairement la chanson, toutes les mélodies, les voix, et c’est dur à faire. 

C’est ce que j’essaie de faire avec ma voix, aller à l’intérieur de la chanson, à l’intérieur de la mélodie.

Dave Gahan - Depeche Mode
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L’album n’est pas facile à écouter, c’est une bonne chose, j’aime quand les disques ne sont pas faciles à écouter… Nick Cave, Leonard Cohen, Billie Holiday ne sont pas des artistes faciles à écouter parfois, mais il vous émeuvent, vous ressentez quelque chose. C’est ce que j’essaie de faire avec ma voix, aller à l’intérieur de la chanson, à l’intérieur de la mélodie, de devenir le sentiment de la chanson. Une chanson comme Worst Crime, qui parle de la tristesse du racisme, j’essaie de la chanter comme si j’écoutais une chanson de Billie Holiday.

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