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Gérald De Palmas : "L'artiste n'est qu'un média de la créativité"

REDAC' CHEF INVITÉ - Rédacteur en chef d'un jour sur RTL2.fr, Gérald De Palmas se confie sur sa vision toute particulière de son statut d'artiste, et la manière dont son dernier album, "La Beauté du geste", a changé son rapport à l'écriture.

Gérald De Palmas Crédits : Maxime Villalonga | Date : 07/06/2016
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Gérald De Palmas Crédits : Maxime Villalonga | Date : 07/06/2016
Gérald De Palmas Crédits : Maxime Villalonga | Date : 07/06/2016
Gérald De Palmas Crédits : Maxime Villalonga | Date : 07/06/2016
Gérald De Palmas Crédits : Maxime Villalonga | Date : 07/06/2016
Gérald De Palmas, rédacteur en chef d'un jour de RTL2.fr Crédits : Maxime Villalonga | Date : 07/06/2016
Gérald De Palmas Crédits : Maxime Villalonga | Date : 07/06/2016
Gérald De Palmas, Capucine Trollion, Morgane Giuliani Crédits : Maxime Villalonga | Date : 07/06/2016
Gérald De Palmas et Morgane Giuliani Crédits : Maxime Villalonga | Date : 07/06/2016
Gérald De Palmas Crédits : Maxime Villalonga | Date : 07/06/2016
Gérald De Palmas et Morgane Giuliani Crédits : Maxime Villalonga | Date : 07/06/2016
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MorganeGiuliani
Morgane Giuliani

Gérald De Palmas n'a pas grand chose à cacher, au fond. D'abord sur la réserve quand on démarre la conférence de rédaction avec l'équipe de RTL2.fr, le chanteur de 48 ans se détend rapidement. Rédacteur en chef d'un jour sur RTL2.fr, l'interprète de Sur la route a joué le jeu, avec une sincère volonté de bien faire. Gérald De Palmas se déride au fur et à mesure qu'il s'ouvre sur ses passions : philosophie, technologies, la série Mr. Robot, le street-artist Shepard Fairey, ou encore, son admiration pour Alexandre Astier.

Le chanteur fonctionne en deux temps : d'abord prudent, il prend des pincettes. Il ne s'estime jamais suffisamment bon dans un domaine pour être affirmatif ou catégorique. Avant de se lancer dans de longues explications pour justifier ses opinions. L'homme est passionné, passionnant. Pour RTL2.fr, il revient sur les changements majeurs apportés par son dernier album - l'acclamé La Beauté du geste - mais aussi, sa vision toute particulière de son métier d'artiste, et de l'actualité tourmentée. 

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Une révolution

Avec La Beauté du geste, sorti le 1er avril, Gérald de Palmas a opéré un retour en grâce. Le chanteur se félicite d'un "accueil média d'enfer" : "C'est très rassurant. Chaque album et peut-être encore plus celui-là, demande beaucoup d’introspection. Je me livre beaucoup et c’est toujours agréable de sentir un retour positif." Sur sa page Facebook, ses fans ne tarissent pas non plus d'éloges sur ce disque très sombre, où il est notamment question de violence, comme dans le single Il faut qu'on s'batte. Divorcé et père de deux enfants, une adolescente et un jeune étudiant, Gérald De Palmas s'est inspiré de son couple et de ceux autour de lui. 

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De Palmas - "Il faut qu'on s'batte"

Le chanteur a un peu plus de recul sur ce 8e disque, qu'il défendra en tournée à la rentrée : "Il est différent parce qu’il n’a pas été fait de la même façon et inévitablement, je ne suis pas la même personne qu’il y a 5, 10, 20 ans, résume le chanteur à RTL2.fr. Les textes sont devenus la chose la plus importante pour moi, mais ça ne veut pas dire que j’ai laissé tomber la musique. J’ai passé des heures, des mois à travailler sur des vieux synthés analogiques." Il les a d'ailleurs tous renvendus depuis, suivant sa volonté d'être peu attaché aux choses matérielles.

Pour La beauté du geste, Gérald De Palmas a en effet révolutionné son mode d'écriture. "J’ai commencé à écrire avant de faire la musique, ce qui était un changement fondamental pour moi. Ça change tout, tu as beaucoup plus de latitude, de place, le champ des possibles est beaucoup plus ouvert. Tu écris sans la contrainte de la mélodie, qui est rigide." 

Sans peur et sans regrets

Cela peut ne pas sembler grand chose, mais Gérald De Palmas aurait aimé y avoir pensé plus tôt. "Je regrette de ne pas l’avoir fait avant, j’en ai chié pendant des années, souffle-t-il dans sa barbe. Tous les albums étaient compliqués à faire et je finissais par me dire que j’avais plus de facilité avec la musique qu’avec les textes, mais non ! J’ai mis 25 ans à me rendre compte de ça." 

J’en ai chié pendant des années (...) tous mes albums étaient compliqués à faire

Gérald De Palmas
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Comment cet auteur-compositeur chevronné, qui a aussi écrit pour les autres, a-t-il fini par inverser l'ordre des choses ? "Ça m’est venu d'un ras-le-bol, résume-t-il sans détour. C’est un super maître, qui peut être à l’origine de plein de changements dans la vie. J’avais le souvenir des albums précédents, et de comment j’avais pu être freiné ou bloqué par ça. Je n’avais plus envie de retourner là-dedans. La seule chose qui me restait, c’était de faire l’inverse."
Se plonger sans entraves dans l'écriture a aussi permis à Gérald De Palmas de rebondir après le relatif échec de son précédent disque, éponyme, sorti en 2014 et à moitié chanté en anglais. "On a été disque d’or, mais j’étais quand même un peu vexé de ce qui s’était passé." Vexé par rapport à quoi ? "Moi !, répond l'intéressé. Je m’en voulais de ne pas avoir fait mieux, de m’être un peu perdu avec l’écriture en anglais. Mais je n’ai pas de regret. Pour arriver à une forme de vérité, tu as besoin de te tromper. Ce sont des passages obligés, il ne faut pas les regretter."
Pour ne pas avoir de regrets, Gérald De Palmas a aussi appris à ne plus avoir peur : "Je me suis rendu compte que je n’apprenais rien de la peur, alors que la souffrance psychologique, le ras-le-bol, m’ont permis de changer, d’accéder à de nouvelles façons de voir les choses. Ça a toujours été bénéfique." Mais de quoi avait peur celui qui a démarré sa carrière il y a plus de 30 ans ? "J’avais peur de tout, comme tout le monde, peur de l’avenir principalement. C’est ce qui nous bloque le plus. Peur du regard des gens.

L'artiste, un "simple" médium

Le regard des gens peut tout aussi bien terrifier certains artistes, comme la chanteuse de Lilly Wood and the Prick, ou être leur moteur. Quand on lui parle de ses aînés, Brassens, Gainsbourg et consorts, Gérald de Palmas répond : "Je ne me sens pas à la hauteur sur plein de trucs, mais ça ne m’a jamais empêché de faire les choses. Si tu veux, pour moi, l’artiste n’est qu’un média de la créativité. Il a une part de responsabilité assez limitée, finalement."

L’artiste met en forme, mais le fond ne vient pas de lui, il vient de là-haut

Gérald De Palmas
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On s'arrête, interloqué. "Pour moi, toute oeuvre d’art, que ce soit une peinture, un bouquin, une chanson, ça vient d’un espèce d’inconscient collectif, un espère de truc ésotérique qui plane, comme ça, poursuit le chanteur, le plus sérieusement du monde. Les mélodies, les textes, les idées sont là et de temps en temps, l’artiste, ou n’importe quelle personne créative, y a accès. L’artiste met en forme, mais le fond ne vient pas de lui, il vient de là-haut."

C'est de cette manière que Gérald De Palmas explique pourquoi ses fans lui disent souvent que ses chansons leur parlent : "Souvent, tu écris sur tes troubles, les questions que tu te poses, les névroses, tu cherches au fond de toi pour activer la pompe mais on vit tous les mêmes trucs, analyse le chanteur. Et c’est souvent pour ça qu’une chanson, qu’un livre marche, c’est parce que les gens s’y retrouvent."

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Gérald De Palmas était l'invité du Grand Morning le mardi 14 juin Crédit Image : Bertrand Laidain pour RTL2.fr | Durée : | Date :

Gérald De Palmas a donc une vision très humble de son métier. Mais il ne cache tomber parfois dans des travers un peu narcissiques : "Je n'ai pas beaucoup de filtre quand je donne une interview. C’est pour ça qu’en général, quand je rentre chez moi, je suis épuisé. Mais en même temps j’ai un ego comme tout le monde, je suis content de parler de moi et que les gens s’intéressent à moi. Même si j’essaie de m’en défendre en maximum, de prendre un peu de recul."

Pourtant, le Réunionnais affirme n'être toujours pas à l'aise avec l'exercice médiatique, même s'il estime être "cohérent" avec l'image qu'il renvoie à travers ses disques. "Je pense qu’il y a une part de flemmardise, confie-t-il en riant. Je n’ai pas envie de jouer un rôle, ça me fatigue. Ça ne m’excite pas en tout cas. Je dis souvent que je suis nul en promo, que je n’arrive pas à me vendre. Si tu arrives à jouer ce rôle sans te sentir hypocrite, c’est génial. Mais je n’ai pas cette faculté." 

De Palmas le philosophe

Dans La Beauté du geste, il est question de violence pouvant brimer l'amour, qui en est pourtant le seul remède. Avec une telle approche, difficile de ne pas évoquer le climat social très tendu en France : "Je ne suis pas étonné, tranche sans hésiter Gérald De Palmas, qui a quitté la métropole pour rejoindre son île natale de la Réunion. Ça va continuer jusqu’à ce que le ras-le-bol, encore lui, arrive chez un nombre suffisant de gens et à un niveau suffisant pour faire évoluer leur conscience et voir la vie différemment. C’est pas au niveau des dirigeants que ça va se passer, il ne faut pas se leurrer, on le saurait depuis le temps."

"Tu vois toute l’énergie qu’on dépense, l’argent qu’on dépense, à produire, à faire, à amasser et le peu de temps et le peu d’énergie qu’on met à essayer de comprendre comment fonctionne notre cerveau humain et notre psychologie. Je trouve ça hallucinant.", regrette-t-il. 

Si tu gaves les gens de boulot, de transports, tu ne leur laisses aucune énergie pour la réflexion

Gérald De Palmas
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Grand amateur de la théorie du conditionnement, développée par Henri Laborit, le chanteur voit le monde divisé entre dominants et dominés : "C’est ce que dit Laborit, les dominants font tout pour conserver leur place de dominants et que les dominés restent dominés. Si tu gaves les gens de boulot, de transports, tu ne leur laisses aucun temps, aucune énergie pour la réflexion, résume Gérald De Palmas. Si tu es dominant, tu ne risques rien, tu es peinard. De temps en temps, ils péteront un câble et descendront dans la rue 5 minutes puis ils reprendront leur vie. C’est super pratique pour les dominants, c’est un système qui leur va très bien."

Et lui, où se situe-t-il ? "Je suis un peu des deux. Après, tu n’es pas obligé d'exercer ta domination, mais je fais partie des privilégiés." S'il s'était rendu à Nuit Debout, il est sûr "qu'on lui aurait jeté des cailloux", mais "ne leur jette pas la pierre" : "Ce sont des contre-pouvoirs intéressants mais je pense qu’une vraie mutation de la société viendra de chacun d’entre nous, dans les petites choses de la vie de tous les jours, pas dans les grandes révolutions qui chamboulent tout."

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